mardi, mars 17, 2026
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Fin du programme du FMI : le Ghana crée un conseil budgétaire pour rassurer les marchés

À l’approche de la fin de son programme avec le Fonds monétaire international, le Ghana choisit de muscler son dispositif interne de surveillance des finances publiques. Le gouvernement a annoncé la création prochaine d’un conseil budgétaire indépendant, chargé d’évaluer la politique budgétaire et de renforcer la crédibilité macroéconomique du pays, alors qu’aucun nouvel accord avec l’institution de Bretton Woods n’est envisagé à ce stade.

L’annonce a été faite par Thomas Nyarko, adjoint au ministre des Finances, à l’occasion d’un échange avec une délégation française conduite notamment par Emmanuelle Boulestreau, cheffe du Service économique régional pour le Nigeria et le Ghana, et Julien Frioux, chef du Service économique de l’ambassade de France à Accra. Cette future instance, composée d’experts nationaux, aura un rôle consultatif : elle analysera les choix budgétaires de l’État, évaluera les hypothèses macroéconomiques et formulera des avis sur la gestion des finances publiques.

L’objectif affiché est clair : renforcer la transparence, la responsabilité et la soutenabilité budgétaire, autrement dit la capacité du Ghana à maîtriser ses dépenses et son endettement sur le long terme. La mise en place du conseil nécessitera l’adoption d’un cadre juridique formel, par voie législative ou réglementaire. Les contours précis de son fonctionnement, son degré d’indépendance institutionnelle et les moyens financiers qui lui seront alloués restent toutefois à préciser.

Un programme FMI qui arrive à son terme

Cette initiative intervient alors que le programme en cours avec le FMI touche à son échéance. Un programme de cette nature permet à un pays d’accéder à des ressources en devises en contrepartie de réformes destinées à stabiliser l’économie et à garantir la capacité de remboursement de la dette extérieure.

Les autorités ghanéennes ont indiqué ne pas prévoir de solliciter un nouvel accord à l’issue du programme actuel, exprimant leur volonté de « sortir avec dignité » du dispositif. Il ne s’agit pas d’une rupture anticipée, mais d’un non-renouvellement à l’échéance. Le Ghana restera néanmoins soumis aux consultations annuelles prévues par l’Article IV du FMI, mécanisme standard de surveillance applicable à tous les États membres.

Dans ce contexte, la création d’un conseil budgétaire indépendant peut être interprétée comme un signal adressé aux marchés financiers et aux partenaires internationaux. En l’absence d’un cadre formel du FMI, cette institution nationale serait appelée à jouer un rôle de garde-fou, garantissant une discipline budgétaire crédible et prévisible.

Un secteur extérieur renforcé, mais des fragilités persistantes

Dans son rapport de décembre 2025 au titre de l’Article IV, le FMI souligne une amélioration notable de la position extérieure du Ghana. À fin juin 2025, le pays a enregistré un excédent du compte courant équivalent à 3 % du PIB, contre 1,8 % un an plus tôt. Cette performance repose principalement sur la vigueur des exportations d’or, la progression des ventes de cacao et le dynamisme des transferts de fonds de la diaspora.

Les réserves internationales brutes ont atteint 9 milliards de dollars à fin octobre 2025, soit l’équivalent de 3,5 mois d’importations, un niveau supérieur aux objectifs du programme. Sur la même période, le cedi s’est apprécié de 36 % face au dollar américain, contribuant à un net ralentissement de l’inflation, retombée à 3,8 % selon les autorités. En novembre 2025, la Banque du Ghana a par ailleurs adopté un nouveau cadre opérationnel pour ses interventions sur le marché des changes, afin d’en améliorer la transparence et la prévisibilité.

Ces avancées ne dissipent cependant pas toutes les vulnérabilités. Le FMI relève que la Banque centrale conserve un rôle prédominant sur le marché des changes, captant plus de 60 % des recettes d’exportation de biens au premier semestre 2025. Cette situation limite le développement d’un marché interbancaire autonome et la formation libre des taux de change.

Certaines pratiques entretiennent par ailleurs l’existence de taux multiples de facto, notamment à travers l’application de taux spécifiques à certaines opérations publiques ou les obligations de cession de devises liées aux exportations de cacao. Ces mécanismes peuvent engendrer des distorsions économiques.

La structure des exportations demeure fortement concentrée : l’or représente environ 67 % des recettes extérieures, exposant l’économie aux fluctuations des cours mondiaux. Les pertes liées au Domestic Gold Purchase Program (DGPP) et aux activités de GoldBod ont atteint 0,2 % du PIB au troisième trimestre 2025. Le FMI recommande que ces coûts soient intégrés de manière transparente au budget de l’État et que les réserves soient mieux protégées contre les risques de marché.

À fin septembre 2025, la dette extérieure du Ghana s’élevait à 29,53 milliards de dollars, dont près de 24 % libellés en euros. Dans ce contexte, la crédibilité du nouveau cadre budgétaire sera scrutée de près par les investisseurs.

La France, partenaire économique

Les partenaires bilatéraux suivent avec attention l’évolution de la trajectoire macroéconomique ghanéenne. Les échanges commerciaux entre la France et le Ghana ont atteint 732,3 millions de dollars en 2024. Depuis 2015, la France enregistre un déficit commercial moyen d’environ 127 millions d’euros par an avec le pays. Environ soixante entreprises françaises sont implantées au Ghana et le stock d’investissements directs français est passé de 235 millions d’euros en 2008 à 2,5 milliards d’euros en 2023.

Pour ces acteurs économiques, la stabilité macroéconomique et la solidité du cedi constituent des paramètres essentiels, notamment pour le rapatriement des bénéfices et la gestion du risque de change. Lors de leurs échanges avec les autorités ghanéennes, les représentants français n’ont pas commenté publiquement la perspective d’un non-renouvellement du programme du FMI, réaffirmant leur volonté de soutenir le développement du pays, en particulier dans les infrastructures et l’énergie.

En créant un conseil budgétaire indépendant, le Ghana cherche ainsi à démontrer sa capacité à maintenir une discipline financière sans tutelle formelle. La réussite de cette transition dépendra de l’indépendance effective de la nouvelle instance, de la transparence des politiques budgétaires et de la poursuite des réformes structurelles. Les marchés, comme les partenaires internationaux, jugeront sur pièces.

Elom LOKONONAvez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com

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