Le gouvernement camerounais négocie actuellement avec la Banque africaine de développement (BAD) et l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) en vue d’obtenir une garantie couvrant un emprunt de 585 milliards de FCFA à lever dans les prochains mois sur le marché international des capitaux. L’annonce a été faite le 19 février 2026 à Douala par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, lors de la présentation aux investisseurs du programme de financement de l’État pour l’exercice 2026.
Cette opération s’inscrit dans le prolongement de la levée de 415 milliards de FCFA réalisée le 30 janvier 2026 à Londres, à travers un placement privé structuré par Citigroup, JP Morgan et Cygnum Capital. Elle complète l’enveloppe globale de 1 000 milliards de FCFA prévue sur les marchés internationaux dans le cadre du programme d’endettement 2026. Selon le ministre, les discussions engagées avec les institutions multilatérales visent la mise en place d’un mécanisme de rehaussement de crédit afin d’obtenir des conditions financières plus compétitives et d’optimiser le coût des ressources mobilisées.
Le rehaussement de crédit consiste, sur le plan technique, en l’intervention d’un établissement spécialisé qui apporte sa garantie à l’emprunteur. Cette caution, adossée à une signature bénéficiant généralement d’une notation solide, permet en principe de réduire la prime de risque et, partant, le taux d’intérêt exigé par les investisseurs.
Les précédentes opérations illustrent l’enjeu. En 2024, sans garantie, le Cameroun avait mobilisé 332 milliards de FCFA à un taux de 10,75 %. Le 30 janvier 2026, les 415 milliards levés à l’international l’ont été à 10,12 %, taux ramené à 7,79 % après un swap de devises – mécanisme permettant de transformer un emprunt libellé en dollar en dette en euro afin de limiter le risque de change et d’améliorer le coût final.
La garantie recherchée auprès de la BAD et de l’ATIDI vise donc à réduire davantage les taux applicables au reliquat de 585 milliards de FCFA. Toutefois, l’efficacité d’un tel mécanisme demeure tributaire des conditions globales du marché. L’expérience passée en témoigne : en 2015, lors de sa première émission d’eurobond de 1,5 milliard de dollars, le Cameroun avait obtenu une garantie partielle de la BAD de 500 millions d’euros, mais n’avait mobilisé que 750 millions de dollars à un taux de 9,75 %, ramené à un peu plus de 8 % après swap. La même année, malgré une garantie partielle de la Banque mondiale, le Ghana avait dû consentir un taux encore plus élevé, à 10,75 %.
Dans un contexte international marqué par la volatilité des taux et la sélectivité accrue des investisseurs, Yaoundé mise ainsi sur l’ingénierie financière et l’appui des partenaires multilatéraux pour contenir le coût de son endettement extérieur tout en sécurisant les ressources nécessaires au financement de son budget 2026.
Elom LOKONON
Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com



