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Scolarisation des filles au Bénin : les inégalités de genre continuent d’alimenter le décrochage

Au Bénin, le nombre de filles inscrites à l’école primaire progresse au fil des ans. Cependant, des centaines de milliers d’entre elles restent privées d’éducation et celles qui accèdent à l’école sont nombreuses à abandonner avant d’achever leur parcours. Selon un rapport de l’UNICEF, la transition vers l’adolescence constitue un point de rupture majeur.

En 2023, environ 1,2 million de filles étaient inscrites à l’école primaire au Bénin, contre 900 000 en 2013. Cette progression soulignée par le rapport témoigne d’un accès plus large à l’éducation. Mais elle ne garantit pas la poursuite de la scolarité.

Mariages précoces, répartition inégalitaire des tâches domestiques, violences basées sur le genre et précarité des infrastructures scolaires entretiennent un système qui pénalise les filles, notamment dans le nord du pays. L’Unicef indique que quelque 400 000 filles restent encore en dehors de l’école. Surtout, les effectifs inscrits ne doivent pas masquer l’ampleur des abandons qui surviennent à mesure que les élèves grandissent. Selon les données du rapport, seule une fille sur cinq termine l’école primaire. Parmi celles qui sont inscrites dans l’enseignement secondaire, moins d’une sur trois achève le premier cycle. Le décrochage se concentre ainsi dans les dernières années du primaire et au début du secondaire, au moment où les adolescentes deviennent plus vulnérables aux pressions sociales, aux responsabilités familiales et aux violences.

Dans les départements de l’Alibori, de l’Atacora, du Couffo et de la Donga, la situation est encore plus alarmante. Seule une fille sur dix termine le premier cycle du secondaire. Ces écarts illustrent les difficultés persistantes à garantir une continuité éducative sur l’ensemble du territoire. Ils mettent également en évidence la nécessité de réponses adaptées aux réalités sociales et économiques des régions les plus touchées.

Scolarisation des filles au Bénin : les inégalités de genre continuent d’alimenter le décrochage

Des normes sociales qui relèguent les filles au second plan

Les obstacles au maintien des filles à l’école ne se limitent pas aux ressources financières des ménages ou à la disponibilité des établissements. “Les normes sociales et de genre continuent de peser sur leurs parcours, particulièrement dans le nord du Bénin”, souligne le rapport. Dans certaines familles, l’éducation des garçons reste prioritaire, tandis que les filles sont davantage sollicitées pour les tâches domestiques. Le temps consacré à ces responsabilités peut se faire au détriment de l’assiduité, des apprentissages et de la poursuite des études.

Le mariage des enfants constitue un autre facteur majeur de rupture scolaire. Selon les données présentées par l’UNICEF, une fille sur trois est mariée avant l’âge de 18 ans, avec une prévalence plus élevée dans les quatre départements du nord. Ces unions précoces réduisent les possibilités pour les adolescentes de poursuivre leur scolarité et d’acquérir les qualifications nécessaires à leur autonomie économique.

Les violences basées sur le genre aggravent également cette situation. Les adolescentes sont davantage exposées aux violences à l’école et dans ses environs. Au cours de l’année scolaire 2022, 2 100 grossesses ont été signalées parmi les écolières. Ces chiffres évoqués dans le document soulignent l’ampleur des risques auxquels les élèves sont confrontées et les conséquences possibles sur leur parcours éducatif.

L’accès à l’école ne suffit donc pas : encore faut-il que les filles puissent y étudier dans des conditions sûres, poursuivre leur formation et achever les différents cycles. Sans action sur les normes qui assignent aux filles des rôles domestiques précoces ou les exposent aux mariages et aux grossesses précoces, les progrès de la scolarisation risquent de ne pas se traduire par une amélioration équivalente de leur niveau d’éducation.

Scolarisation des filles au Bénin : les inégalités de genre continuent d’alimenter le décrochage

Des obstacles qui se cumulent…

Les conditions matérielles dans les établissements constituent un autre frein. À la puberté, certaines adolescentes s’absentent faute d’infrastructures adaptées à la gestion de leur santé et de leur hygiène menstruelle. L’absence de latrines, d’eau courante ou de serviettes hygiéniques peut perturber leur présence en classe. Selon GAVI, en 2023, plus de 15 % des filles au Bénin ont vu leur cursus scolaire perturbé par les menstruations.

Ces difficultés se renforcent en période de crise humanitaire ou climatique. Le Bénin demeure exposé aux conflits violents, aux inondations et aux sécheresses. Dans les départements du nord, les répercussions de la crise du Sahel accentuent notamment les risques d’abandon scolaire et de mariage des enfants. Lorsque les ménages sont fragilisés, les adolescentes figurent parmi les premières exposées à l’interruption de leur scolarité.

La pauvreté, les normes sociales et les vulnérabilités liées aux crises forment ainsi un cercle vicieux. Le mariage précoce et l’abandon scolaire réduisent les perspectives économiques des filles, ce qui peut prolonger la pauvreté des familles et compromettre, à terme, l’éducation de la génération suivante.

L’éducation des filles, un investissement économique et social

Au-delà de l’enjeu éducatif, ce décrochage compromet les perspectives économiques et perpétue la pauvreté d’une génération à l’autre. Pour l’UNICEF, l’achèvement de la scolarité des adolescentes produit des effets qui dépassent largement le cadre scolaire. Une fille éduquée est mieux protégée contre les violences sexuelles, les mariages d’enfants et les grossesses précoces. Elle dispose également de meilleures perspectives de santé, pour elle-même et sa future famille, avec des effets attendus sur la réduction de la morbidité et de la mortalité. L’éducation favorise aussi une participation plus active des femmes à la prise de décision et à la vie civique.

Les retombées économiques sont tout aussi importantes. En moyenne, une fille ayant reçu une éducation gagnera presque deux fois plus au cours de sa vie qu’une fille sans éducation. Chaque année supplémentaire de scolarité peut entraîner une augmentation allant jusqu’à 20 % des revenus futurs. L’investissement éducatif bénéficie ainsi à l’adolescente, à la femme adulte devenue active et à ses enfants : un triple dividende qui peut contribuer à briser la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.

L’éducation des adolescentes constitue une priorité nationale au Bénin, soutenue par la communauté internationale. En 2022, le gouvernement, avec l’appui de l’UNICEF et de ses partenaires, a organisé un forum national consacré à l’accélération de l’éducation et du bien-être des filles. Cette initiative a été suivie par l’élaboration du Programme national multisectoriel pour l’accélération de l’éducation et du bien-être des filles.

Le défi reste désormais de transformer cette priorité en résultats mesurables sur le maintien des filles à l’école et l’achèvement des cycles scolaires. Le premier cycle de l’enseignement secondaire contribue à réduire les mariages d’enfants. Garantir aux adolescentes la possibilité de poursuivre leurs études, notamment dans les régions les plus touchées, représente donc un levier essentiel pour combattre les inégalités de genre, améliorer leurs perspectives économiques et renforcer le développement du Bénin.

Félicienne HOUESSOU

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