Le lancement de l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) doit fournir aux pays africains un nouvel outil pour améliorer l’information financière, renforcer leur position dans les négociations de dette et, à terme, faciliter leur accès aux marchés dans de meilleures conditions. Lors d’un point de presse animé par L’AFRODAD (Forum et réseau africain sur la dette et le développement) ce vendredi 9 Octobre 2026, Sonia Essobmadje, cheffe de la finance et de la mobilisation des ressources intérieures à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) a souligné les principaux leviers pour rendre la dette africaine plus lisible et mieux négociée.

Pour Sonia Essobmadje, cheffe de la finance et de la mobilisation des ressources intérieures à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), une notation crédible peut renforcer « l’information, l’analyse et la confiance » sur lesquelles reposent les négociations de restructuration et d’allègement de la dette. La première contribution attendue de l’AfCRA concerne la base factuelle sur laquelle s’appuient ces négociations. Les discussions sur la dette se déroulent souvent dans un contexte de désaccords sur la capacité de remboursement d’un pays, ses perspectives de croissance et ses orientations politiques. Une évaluation indépendante, fondée sur des données africaines actualisées et intégrant les réformes structurelles, les conditions financières intérieures et l’exposition aux chocs extérieurs, pourrait offrir un autre point de référence crédible. Elle permettrait de réduire l’asymétrie de l’information et de favoriser une compréhension commune plus réaliste entre gouvernements, créanciers et investisseurs.
Cette fonction répond directement à l’un des arguments avancés par Dr Yungong Theophilus, responsable du plaidoyer et de la recherche à l’AFRODAD. Le lancement de l’AfCRA intervient, selon lui, après dix années de travail et répond à une revendication de longue date des pays africains, confrontés à un système de notation qui « n’a pas été conçu pour eux ». La domination des trois grandes agences de notation du Nord et leurs méthodes, qui présentent selon lui certaines lacunes et des biais structurels, ne permettraient pas toujours de refléter la réalité des économies africaines. L’AfCRA ne doit toutefois pas les remplacer, mais apporter « une perspective africaine » permettant de comparer les évaluations et de les rendre plus transparentes, plus justes, plus réalistes et plus crédibles.

Mieux accompagner les pays après une restructuration
L’AfCRA pourrait améliorer l’évaluation des pays sortant d’une restructuration. Les déclassements peuvent intervenir rapidement, alors que la reconnaissance des réformes et de la reprise est souvent plus lente. Après un accord, l’agence pourrait suivre les progrès réalisés en matière de consolidation budgétaire, de gestion de la dette, d’accumulation de réserves, de reprise économique et de renforcement des institutions, puis rendre compte de ces évolutions de manière cohérente. L’enjeu est de ne pas sous-estimer les risques, mais de reconnaître rapidement les évolutions positives lorsque les faits le justifient. Cette capacité de suivi pourrait ainsi fournir aux créanciers et aux investisseurs une lecture plus dynamique de la situation financière des États.
Les analyses de l’AfCRA pourraient aider à concevoir de meilleures restructurations. Elles pourraient notamment permettre de distinguer les tensions temporaires de liquidité des problèmes plus profonds de solvabilité, d’évaluer les effets de différentes échéances, de différents taux d’intérêt et structures monétaires, et de mettre en évidence les financements nécessaires pour préserver le développement. Cette approche rejoint la position de l’ONU selon laquelle les restructurations de dette doivent être rapides, prévisibles et efficaces, tout en préservant les dépenses essentielles et la capacité d’investir dans les objectifs de développement durable.

Réduire l’incertitude et élargir la base d’investisseurs
À terme, une référence africaine crédible en matière de notation pourrait enfin aider les pays à revenir sur les marchés à des conditions plus équitables. Une information de meilleure qualité et une évaluation plus exacte des risques pourraient élargir la base d’investisseurs, réduire l’incertitude et favoriser des échéances plus longues. Elles pourraient également approfondir les marchés financiers intérieurs et réduire la dépendance excessive aux emprunts en devises étrangères. Il est d’autant plus important que les notations influencent directement le coût d’accès des États africains aux marchés mondiaux. Selon Dr Yungong Theophilus, les évaluations des agences contribuent à cette « prime africaine » qui renchérit les emprunts. De nombreux pays africains sont déclassés ou reçoivent des évaluations qui ne correspondent pas aux réalités du terrain. Les décisions de prêt intègrent ensuite ces notations défavorables, avec pour conséquence une hausse du coût du financement.
Mais la portée de l’AfCRA dépendra de sa crédibilité. Son utilité dans les négociations sur la dette reposera sur son indépendance, la transparence de ses méthodologies, la qualité des données, les garanties contre les conflits d’intérêts et son acceptation par les investisseurs et les autorités de régulation. L’agence devra compléter les évaluations existantes plutôt que simplement les contester, tout en étant prête à attribuer des notes défavorables lorsque les données l’exigent. L’objectif ne doit donc pas être de présenter l’Afrique sous un jour excessivement favorable au moyen de notations généreuses. La justesse des évaluations dépendra notamment de la participation et du contrôle de la société civile, intégrés au fonctionnement même de l’agence.
Félicienne HOUESSOU
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