La création de la Plateforme des emprunteurs constitue l’un des principaux enseignements des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok. Plus de 30 pays en développement ont participé à la première réunion de son Conseil de gouvernance, avec l’ambition de faire de cette structure un espace de plaidoyer et d’apprentissage entre pairs. Les organisations de la société civile ont également pris part à la séance ouverte. La plateforme est désormais opérationnelle, mais son efficacité reste à démontrer.
Janet Zhao, directrice exécutive d’AFRODAD, indique que son organisation a présenté, lors de cette première réunion, une déclaration au nom des réseaux du Sud global. Les recommandations portent notamment sur le partage d’expériences en matière de négociations de prêts et l’harmonisation des lois et politiques nationales pour renforcer la transparence de la dette. Elles constituent, selon elle, une base pour poursuivre l’engagement auprès de la plateforme.
Celle-ci a déjà défini ses règles, ses structures et ses priorités. Toutefois, sa séance plénière ouverte a soulevé des interrogations sur son efficacité, son efficience et sa capacité à résister aux pressions, notamment en raison de son positionnement comme groupe technique. L’enjeu consiste désormais à en faire une institution capable de mener des actions de plaidoyer et d’influencer les règles de l’architecture financière mondiale. Son impact dépendra notamment de la manière dont les acteurs concernés collaboreront avec elle.
AFRODAD appelle à renforcer la participation des pays africains et à mobiliser l’apprentissage entre pairs pour améliorer leur pouvoir de négociation, jugé faible. L’organisation souligne toutefois les limites actuelles de la plateforme. En effet, celle-ci ne s’est pas encore engagée en faveur de négociations collectives ni de la promotion de la Convention-cadre des Nations Unies sur la dette souveraine. Ces sujets restent des axes majeurs de plaidoyer. Une articulation avec les cadres africains existants, notamment la Position africaine commune sur la dette, pourrait néanmoins contribuer à faire avancer les revendications du continent.
De son côté, le Dr Yungong Theophilus Jong, responsable des politiques, du plaidoyer et de la recherche chez AFRODAD, critique l’orientation défendue par le FMI et la Banque mondiale. Selon lui, plutôt que de réformer l’architecture financière mondiale, les deux institutions préconisent des réformes moins nombreuses mais plus approfondies, ainsi que de nouvelles réformes structurelles à court et moyen terme dans les pays africains. Ces mesures reposent sur la consolidation budgétaire, autrement dit l’austérité.
Pour AFRODAD, cette approche préserve un système qui a contribué aux difficultés économiques et à la hausse du coût de la vie, notamment à travers les mesures d’austérité imposées comme conditions des programmes du FMI. L’organisation estime que le système actuel n’est pas adapté à son objectif.
Les réunions ont également mis en avant des recommandations visant à améliorer les tests de résistance des pays africains, à mieux traiter la dette intérieure et à intégrer les besoins climatiques et de développement dans les analyses de viabilité de la dette. Mais, selon Yungong Theophilus Jong, ces ajustements ne répondent pas à la demande de réforme fondamentale portée par les pays africains. Ils maintiennent le FMI, la Banque mondiale et les autres institutions financières internationales au centre de l’architecture mondiale.
AFRODAD estime que les politiques associées à ce système réduisent les marges de manœuvre budgétaires des pays africains et renchérissent leurs coûts d’emprunt, en raison des notes de crédit défavorables qui leur sont attribuées. Pour l’organisation, les réunions de Bangkok n’ont pas montré de volonté du FMI et de la Banque mondiale d’abandonner cette approche. La prise en compte de la dette intérieure, des besoins climatiques et de développement ou l’amélioration des tests de résistance peuvent ajuster les cadres existants, mais ne transforment pas fondamentalement le système. Pour AFRODAD, ces changements contribuent à préserver l’architecture actuelle plutôt qu’à engager la réforme réclamée par les pays africains.
Félicienne HOUESSOU
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