Des représentants de 18 États et de plusieurs organismes régionaux et internationaux se sont réunis à Abidjan pour renforcer les capacités des administrations maritimes africaines francophones face aux nouvelles exigences internationales de décarbonation du transport maritime. L’objectif est de favoriser le partage d’expériences et d’accompagner les États dans la mise en œuvre des règles internationales, avec des enjeux directs pour la compétitivité des ports, les investissements et le développement des économies côtières.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par les interventions de Camille Bourgeon, représentant de l’Organisation maritime internationale (OMI), et de Soro Dofangui, directeur de cabinet, représentant le ministre délégué auprès du ministre des Transports et des Affaires maritimes.
Au nom du ministre, Soro Dofangui a souhaité la bienvenue aux délégations des pays frères de la sous-région et aux participants venus de différentes régions du monde. Il a salué la présence des experts et formateurs de l’OMI, dont l’accompagnement contribue au renforcement des compétences des administrations maritimes africaines.
Il a réaffirmé le soutien ferme de la Côte d’Ivoire à la vulgarisation et à la mise en œuvre de l’Annexe VI de MARPOL, ainsi que l’engagement du pays à respecter ses obligations internationales en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de lutte contre le réchauffement climatique.
Le transport maritime demeure, selon lui, « le cordon ombilical du commerce international » et un pilier essentiel de la croissance économique des nations côtières. Mais le développement des ports et des flottes s’accompagne d’un défi environnemental majeur : réduire les émissions de GES générées par le secteur.
Des règles qui pèsent sur les choix d’investissement
Le renforcement des réglementations internationales et l’objectif de neutralité carbone du transport maritime d’ici le milieu du siècle imposent aux administrations nationales d’engager des réformes ambitieuses et anticipatrices.
« L’Annexe VI de MARPOL et la stratégie de réduction des GES de l’OMI ne sont plus de simples concepts théoriques. Ce sont des cadres opérationnels stricts qui impactent directement la conception des navires, le choix des carburants marins et la gestion quotidienne de nos infrastructures portuaires », a souligné Soro Dofangui.
Pour le représentant du ministre, l’Afrique francophone ne peut rester en marge de cette transition énergétique mondiale. Il a appelé les pays de la région à harmoniser leurs pratiques et à adopter une position commune face aux exigences croissantes d’efficacité et d’intensité carbone. « Face aux exigences d’optimisation de l’intensité carbone, nos pays doivent parler d’une seule voix et harmoniser leurs pratiques », a-t-il déclaré, rappelant l’engagement de la Côte d’Ivoire à intégrer les exigences du développement durable dans son arsenal juridique national.
Il a également insisté sur la nécessité d’une approche régionale. « La mer n’a pas de frontières », a-t-il fait observer, estimant qu’une politique environnementale maritime conduite isolément perdrait une grande partie de son efficacité sans coordination à l’échelle sous-régionale.
Dans cette perspective, l’atelier d’Abidjan doit permettre d’harmoniser les connaissances et les compétences, de partager les expériences nationales et de construire une vision commune de l’Afrique francophone sur la décarbonation du transport maritime.
Durant trois jours, les experts et participants examineront les mécanismes de conformité liés à l’Annexe VI de MARPOL, évalueront les impacts économiques des nouvelles réglementations sur les économies africaines et identifieront des solutions d’adaptation adaptées aux réalités des flottes et des infrastructures portuaires régionales.
Camille Bourgeon s’est réjoui de la mobilisation autour de la rencontre. Il a salué la présence de représentants de l’ensemble de la communauté maritime francophone africaine et la collaboration avec la Direction générale des Affaires maritimes de Côte d’Ivoire. « La présence de 18 États autour de cette table constitue, à elle seule, un signal encourageant de l’intérêt porté à ces questions et de la volonté de la région de participer pleinement aux réflexions qui façonneront l’avenir du transport maritime », a-t-il déclaré.
Le représentant de l’OMI a également souligné la participation de six organismes à vocation régionale ou internationale, mettant en avant l’importance de la coopération entre les institutions engagées dans la transition énergétique du secteur maritime.
Dans le prolongement de la Feuille de route de Mombasa
L’atelier s’inscrit dans le prolongement de la Feuille de route de Mombasa, adoptée en 2025. Celle-ci avait mis en évidence la nécessité de renforcer les capacités, de développer la coopération régionale et d’accompagner les États africains dans la mise en œuvre de l’Annexe VI de MARPOL et leur participation aux travaux de l’OMI sur la décarbonation.
La rencontre répond également à une demande exprimée par plusieurs États francophones de la région, désireux de mieux comprendre les enjeux de la transition énergétique du transport maritime et les négociations en cours au sein de l’OMI.
Les échanges porteront notamment sur les objectifs de la stratégie de l’OMI en matière de réduction des émissions de GES, les solutions technologiques et énergétiques disponibles, les combustibles alternatifs, leur sécurité d’utilisation, les infrastructures nécessaires, ainsi que les mécanismes réglementaires et les possibilités de financement de la transition.
Au-delà du défi climatique, la décarbonation ouvre des perspectives économiques pour les États africains. Elle peut favoriser le développement de nouvelles compétences, attirer des investissements, stimuler l’innovation et renforcer la place du continent dans l’économie maritime mondiale.
La transition énergétique offre également des débouchés dans la formation professionnelle maritime. Le développement des technologies propres et des carburants à faibles ou zéro émissions de carbone nécessitera une main-d’œuvre qualifiée, capable de maîtriser ces technologies et de s’adapter aux mutations du secteur.
À travers cet atelier, la Côte d’Ivoire et l’OMI entendent contribuer à préparer les administrations et les acteurs maritimes africains aux transformations à venir. L’enjeu dépasse désormais la seule protection de l’environnement : il concerne aussi la compétitivité, l’investissement, la sécurité énergétique et le développement durable des économies africaines.
Félicienne HOUESSOU
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