AccueilEconomieAfrique subsaharienne : l’IA, nouveau levier pour transformer la croissance en emplois

Afrique subsaharienne : l’IA, nouveau levier pour transformer la croissance en emplois

L’Afrique subsaharienne devrait accélérer sa croissance en 2026, mais reste confrontée aux défis de la productivité, l’emplois et la réduction durable de la pauvreté. Dans son dernier rapport économique semestriel consacré à la région, publié le 6 octobre 2026, la Banque mondiale prévoit une progression de la croissance de 4,1 % en 2025 à 4,3 % en 2026, soit 0,3 point de pourcentage de plus que sa prévision d’avril. Dans cette trajectoire, l’intelligence artificielle (IA) apparaît comme un levier stratégique pour accélérer la transformation des économies africaines.

La Banque mondiale estime que les investissements dans les fondations d’une économie prête pour l’IA pourraient permettre aux pays de dégager des gains de productivité, de stimuler l’innovation et d’accélérer la transformation structurelle nécessaire à l’amélioration des niveaux de vie.

« En investissant dans les fondations d’une économie prête pour l’IA, les pays africains peuvent libérer des gains de productivité, stimuler l’innovation et accélérer la transformation structurelle nécessaire pour améliorer les niveaux de vie et réduire la pauvreté », souligne Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Afrique.

L’enjeu ne réside toutefois pas dans la course aux technologies les plus sophistiquées. La plupart des pays subsahariens se trouvent encore aux premiers stades de l’adoption de l’IA et l’activité reste concentrée dans un nombre limité d’économies, notamment le Kenya, le Nigéria et l’Afrique du Sud. Pour la Banque mondiale, le potentiel le plus important se trouve plutôt dans des applications d’IA abordables, adaptées aux réalités locales et peu exigeantes en bande passante. Ces solutions pourraient être déployées dans des secteurs à fort impact économique et social, comme l’éducation, l’agriculture, la santé, la finance, la logistique et l’administration publique. L’IA pourrait ainsi devenir un outil de productivité à l’échelle régionale, à condition que les économies africaines disposent des infrastructures nécessaires pour l’exploiter.

Une croissance résiliente, mais des marges budgétaires sous pression

La progression attendue de l’activité intervient dans un environnement mondial difficile, marqué par les tensions géopolitiques, les chocs climatiques, le recul de l’aide au développement et les contraintes budgétaires. Les prévisions de croissance ont été relevées pour près des trois quarts des pays de la région, notamment l’Angola, l’Éthiopie, le Nigéria et la Zambie, après plusieurs années de réformes et d’amélioration de la gestion économique.

Cette dynamique repose également sur une stabilité macroéconomique renforcée, une demande intérieure plus soutenue et des investissements liés à la transition énergétique mondiale et aux technologies numériques. Mais elle reste insuffisante pour réduire sensiblement l’extrême pauvreté ou créer les emplois nécessaires face à une population active en forte progression.

La pression financière demeure par ailleurs importante. Le taux d’inflation médian devrait passer de 3,7 % en 2025 à 5,5 % en 2026, sous l’effet notamment de la hausse mondiale des prix des carburants, des engrais et des denrées alimentaires. L’endettement public s’est globalement stabilisé autour de 57 % du PIB, mais le service élevé de la dette continue de réduire les ressources disponibles pour la santé, l’éducation et les infrastructures.

Avec le recul de l’aide au développement, les gouvernements sont donc contraints de renforcer la mobilisation des ressources intérieures, d’approfondir les marchés de capitaux locaux et de rechercher des financements plus durables.

Dans ce contexte, le déploiement de l’IA dépendra d’investissements qui dépassent largement les seuls logiciels. La Banque mondiale insiste sur la nécessité de disposer de données de qualité, d’infrastructures de calcul, d’un approvisionnement électrique fiable, d’une connectivité abordable et de compétences numériques, ainsi que d’une gouvernance efficace.

Les risques restent néanmoins orientés à la baisse. Une aggravation des tensions géopolitiques pourrait provoquer de nouvelles hausses des prix des matières premières, accentuer l’inflation et détériorer les équilibres extérieurs et budgétaires. Les chocs climatiques, notamment un éventuel épisode El Niño, pourraient perturber la production agricole et renforcer l’insécurité alimentaire. Un durcissement des conditions de financement réduirait encore les marges de manœuvre budgétaires.

Pour la Banque mondiale, des institutions solides, des capacités techniques, une mise en œuvre efficace et une coopération régionale seront déterminantes. La Stratégie continentale sur l’IA de l’Union africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peuvent notamment faciliter le déploiement à grande échelle de solutions d’IA. L’objectif est de transformer cette technologie en levier de création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité, au-delà de la seule accélération de la croissance.

Félicienne HOUESSOU

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