En 2025, le financement de la tech africaine n’a pas seulement rebondi : il a profondément changé de nature. Selon le Partech Africa Tech Venture Capital Report 2025, publié le 22 janvier à Paris, la dette s’est imposée comme le moteur structurant du capital-risque sur le continent, marquant une inflexion historique dans la manière dont les startups africaines se financent et se développent.
Sur un total de 4,1 milliards de dollars levés par les startups technologiques africaines en 2025, en hausse de 25 % sur un an, le financement par emprunt a atteint un niveau record de 1,6 milliard de dollars, soit une progression spectaculaire de 63 % en glissement annuel. Avec 107 opérations recensées (+39 %), la dette représente désormais 41 % de l’ensemble des capitaux investis, contre 31 % en 2024 et à peine 17 % en 2019. Jamais, dans l’histoire récente de l’écosystème tech africain, l’endettement n’avait occupé une place aussi centrale.
Ce basculement marque une étape de maturité. Là où les années précédentes privilégiaient quasi exclusivement les levées en fonds propres, 2025 consacre l’émergence d’un modèle plus sophistiqué, dans lequel la dette devient un outil stratégique de croissance, d’optimisation du capital et de discipline financière. « La dette atteint un niveau historique, tant en montants qu’en nombre d’opérations. Ces signaux traduisent un écosystème plus sain et plus mature », analyse Tidjane Dème, associé commandité chez Partech Africa.
Dans le même temps, le financement en fonds propres a retrouvé une trajectoire plus stable. Les startups ont levé 2,4 milliards de dollars en equity (+8 %) à travers 462 opérations, tandis que le nombre total de transactions, dette et equity confondues, a progressé à 570 (+7 %), mettant fin à deux années de contraction. Les séries A et B ont particulièrement bénéficié de cette normalisation, avec des tailles moyennes de tours en hausse respectivement de 21 % et 12 %, signe d’une confiance retrouvée des investisseurs sur les modèles les plus éprouvés.
Sur le plan géographique, la montée en puissance de la dette a renforcé la polarisation des flux. Le Kenya s’est hissé en tête du continent avec 1,04 milliard de dollars levés, porté par son leadership sur les financements par emprunt et la concentration de quatre des neuf mégadeals recensés en 2025. L’Afrique du Sud, de son côté, a repris la première place en fonds propres, en montants comme en nombre d’opérations, une première depuis 2017, illustrant un marché alimenté par un flux régulier de transactions plutôt que par quelques levées exceptionnelles.
Au-delà des quatre grands pôles que sont le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria — qui concentrent 72 % des montants levés —, la carte du financement reste contrastée. Seuls le Sénégal, le Maroc et le Ghana ont franchi le seuil des 50 millions de dollars en equity, confirmant la difficulté pour les écosystèmes secondaires d’attirer des capitaux significatifs. L’Afrique francophone hors “Big Four” tire néanmoins son épingle du jeu, captant 68 % des financements en fonds propres et 64 % des transactions dans cette catégorie.
Sectoriellement, la domination de la fintech en equity se maintient, avec 769 millions de dollars levés, mais son poids relatif recule au profit d’autres verticales en forte croissance. La cleantech, la healthtech et les solutions entreprises ont toutes dépassé les 200 millions de dollars levés, une première depuis 2021-2022, traduisant une diversification accrue de l’écosystème. Cette évolution renforce mécaniquement l’attrait de la dette, particulièrement adaptée aux modèles générant des flux de trésorerie plus prévisibles.
En filigrane, 2025 apparaît ainsi comme une année charnière. La dette n’est plus un simple instrument marginal, mais un pilier du financement de la tech africaine, révélateur d’un écosystème qui gagne en profondeur, en sophistication et en crédibilité auprès des marchés de capitaux. Si la croissance reste sélective et concentrée, le virage opéré cette année pourrait bien redéfinir durablement les règles du jeu pour les fondateurs et les investisseurs sur le continent.
Félicienne HOUESSOU
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