Les 23 et 24 avril prochains, Nairobi s’imposera comme l’épicentre d’une ambition continentale inédite à l’occasion du sommet « Africa We Build ». L’objectif est clair : transformer l’épargne africaine en infrastructures concrètes — usines, chemins de fer et ports — afin de réduire la dépendance historique à l’aide extérieure.
Porté par Africa Finance Corporation et le gouvernement kényan, ce premier rendez-vous entend rompre avec les approches classiques du financement du développement. Il ne s’agit plus de corriger des investissements inefficaces, mais de mobiliser les ressources domestiques pour les orienter vers des projets viables et rentables, dits « bancables ».
Au cœur des discussions, une priorité : créer de la valeur sur le continent. Le sommet mettra en avant l’utilisation stratégique des infrastructures énergétiques et de transport pour transformer localement les matières premières. Des projets structurants comme le corridor de Lobito ou le réseau ferroviaire d’Afrique de l’Est illustrent cette volonté de connecter les territoires et d’accélérer l’industrialisation.
En reliant les ports côtiers aux richesses de l’arrière-pays — notamment en République démocratique du Congo, en Ouganda et au Rwanda — les décideurs africains espèrent faire émerger de véritables écosystèmes économiques intégrés. L’infrastructure n’est plus vue comme une fin en soi, mais comme un catalyseur d’emplois et de transformation industrielle.
Le président kényan, William Ruto, ouvrira les travaux avec un message centré sur l’intégration régionale. À rebours des projets fragmentés du passé, « Africa We Build » défend une vision systémique, fondée sur des réseaux transfrontaliers fluides où énergie et logistique circulent sans entraves.
Pour éclairer les débats, l’AFC dévoilera son « Rapport sur l’état des infrastructures en Afrique 2026 », un document de référence destiné à guider les investisseurs. Véritable boussole stratégique, il permettra d’identifier les besoins prioritaires et les opportunités les plus compétitives à l’échelle mondiale.
Au cœur de cette dynamique, la mobilisation des capitaux locaux apparaît comme un enjeu crucial. Pour Samaila Zubairu, dirigeante de l’AFC, l’urgence est de transformer une épargne encore trop passive en moteur de productivité et de croissance réelle.
Si le pari de Nairobi est réussi, ce sommet pourrait marquer un tournant historique : celui d’une Afrique qui finance elle-même son développement et construit son autonomie industrielle, sans dépendre exclusivement des grandes puissances comme Washington ou Pékin.
Cette réflexion trouve un écho particulier en Afrique de l’Ouest, notamment au Togo, où les réformes visant à attirer les investissements privés se multiplient. Le modèle de « Fonds national d’infrastructure », au cœur des discussions à Nairobi, pourrait inspirer de nouveaux mécanismes régionaux pour transformer l’épargne locale en levier de développement industriel, au bénéfice du plus grand nombre.
Nadia SAR
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