Après deux années consécutives de repli, l’écosystème des startups africaines a renoué avec une dynamique nettement positive en 2025. Cette reprise qui dépasse les niveaux de financement atteints au cours des deux années précédentes, confirme un changement de tendance après une phase de contraction prolongée du capital-risque. Ce redressement est principalement porté par la montée en puissance des opérations de grande envergure.
Les jeunes pousses du continent ont levé au total 3,2 milliards de dollars, soit une hausse de 40 % par rapport à 2024, selon les données compilées par Africa: The Big Deal. Cette performance marque un rebond significatif après les baisses enregistrées en 2023 (-35 %) et 2024 (-25 %), et traduit un retour progressif de l’appétit des investisseurs pour la technologie africaine.
Les transactions supérieures à 10 millions de dollars ont connu une forte progression. Au total, 69 startups ont bouclé de tels tours de table en 2025, contre 40 un an plus tôt, soit une hausse de 73 %. Il s’agit du deuxième volume annuel le plus élevé depuis le début du suivi en 2019, juste derrière le pic de 2022, année marquée par le boom mondial du capital-risque avec 97 opérations de cette taille. Les levées les plus importantes ont également gagné en ampleur. Huit entreprises africaines ont annoncé des financements supérieurs à 100 millions de dollars en 2025, contre cinq en 2024 et quatre en 2023. Ces méga-opérations ont concentré une part significative des capitaux sur un nombre restreint d’acteurs à forte croissance.
Dans l’ensemble, le nombre total de startups ayant levé au moins 100 000 dollars est resté stable, autour de 500 entreprises, un niveau comparable à celui de 2023 et 2024. En revanche, la structure des financements a évolué au profit de tickets plus élevés. Le nombre de levées supérieures à 1 million de dollars a ainsi progressé de 11 %, pour atteindre 215 opérations, illustrant une préférence accrue des investisseurs pour les entreprises plus matures et à un stade de développement avancé, dans un contexte mondial encore marqué par la prudence.
L’énergie solaire et électrique au cœur de l’appétit des investisseurs
Le secteur de l’énergie s’est particulièrement distingué, captant à lui seul la moitié de ces grandes transactions. Des acteurs spécialisés dans l’énergie solaire hors réseau et l’accès à l’électricité, tels que d.light, Sun King et M-Kopa, ainsi que l’entreprise de mobilité électrique Spiro, ont attiré des financements massifs, portés par la demande croissante de solutions énergétiques propres et accessibles à travers le continent. Les investisseurs privilégient désormais des modèles éprouvés, avec une rentabilité unitaire démontrée et des perspectives claires d’expansion, notamment dans des secteurs structurants comme l’énergie et la fintech, qui répondent à des enjeux majeurs tels que l’électrification et l’inclusion financière.
La fintech est restée un autre pilier du financement. Des entreprises comme Wave, la société égyptienne MNT-Halan et la nigériane Moniepoint ont levé des montants à neuf chiffres, confirmant l’intérêt soutenu des investisseurs pour les services financiers numériques, notamment dans les marchés encore peu ou mal desservis par les systèmes bancaires traditionnels.
La participation des investisseurs est demeurée robuste, avec au moins 554 bailleurs distincts impliqués dans des transactions d’un montant supérieur ou égal à 100 000 dollars. Ce chiffre est globalement en ligne avec celui de 2024, mais reste inférieur au pic de plus de 650 investisseurs observé en 2023. Dans ce paysage, Digital Africa s’est imposé comme l’investisseur non subventionné le plus actif, prenant part à au moins 23 transactions annoncées au cours de l’année.
Sur une période plus longue, les performances de 2025 portent le total cumulé des fonds levés par les startups africaines à près de 20 milliards de dollars depuis 2019, hors sorties. Plus de 2 200 entreprises ont levé au moins 100 000 dollars sur cette période, dont plus de 1 000 au-delà de 1 million de dollars, près de 300 au-dessus de 10 millions et 33 dépassant les 100 millions de dollars. MNT-Halan occupe la première place du classement historique, avec plus d’un milliard de dollars de financements cumulés.
Les levées de fonds réalisées sous forme de dettes ont atteint 400 millions de dollars, soit une augmentation de 55% par rapport au premier semestre 2024, et à peu près exactement le même montant récolté au second semestre de l’année écoulée.
Durant le seul mois de juin 2025, les jeunes pousses africaines ont mobilisé 365 millions de dollars de financements. Il s’agit de la meilleure performance mensuelle. Les levées de fonds réalisées chaque mois ont franchi la barre de 250 millions de dollars à quatre reprises, de sorte que les résultats très décevants du mois de mars 2025 (50 millions de dollars) s’apparentent plutôt à un accident de parcours.
La moyenne mensuelle des financements s’élève à 237 millions de dollars au premier semestre 2025 contre 133 millions de dollars durant la même période de 2024, ce qui confirme la nette tendance d’une reprise dans le paysage technologique africain.
Intelligence artificielle, un vivier de talents et d’investisseurs
L’Afrique du Sud s’impose comme le principal pôle africain de financement des start-up spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA). Selon un rapport de Heirs Technologies, le pays concentre à lui seul 495,52 millions de dollars de fonds levés, portés par un écosystème de jeunes pousses développant des solutions innovantes dans des domaines stratégiques tels que l’optimisation énergétique, l’analyse des données clients et les infrastructures intelligentes.
Le Nigeria occupe la deuxième place du classement continental, avec 226,1 millions de dollars mobilisés. Il est suivi du Kenya et de l’Égypte, qui enregistrent respectivement 197,12 millions et 161,10 millions de dollars de levées de fonds. À eux quatre, ces pays totalisent plus de 86 % des financements captés par les start-ups africaines de l’IA, soit environ 1,08 milliard de dollars.
Ces investissements ont principalement bénéficié à des entreprises développant des applications d’intelligence artificielle dans des secteurs clés de l’économie, notamment la santé, la logistique, la finance, l’agriculture et l’énergie, reflétant l’ampleur des usages de l’IA pour répondre à des défis structurels sur le continent.
En dehors de ce « Big Four », le Ghana, le Maroc et la Tunisie se partagent les 14 % restants des financements. La Tunisie se distingue particulièrement grâce à la trajectoire d’InstaDeep, sa start-up emblématique de l’IA, rachetée en 2023 par le groupe biotechnologique BioNTech pour plus de 550 millions de dollars, une opération qui a renforcé la visibilité du pays sur la scène technologique internationale.
Par ailleurs, le rapport estime la valeur du marché africain de l’intelligence artificielle à 4,5 milliards de dollars en 2025. Un potentiel appelé à croître au cours des prochaines années, à mesure que de plus en plus de pays africains intègrent l’IA au cœur de leurs stratégies de développement économique et de modernisation de secteurs clés.
Si les financements d’amorçage et de petite taille demeurent continus, la vigueur des grandes opérations laisse entrevoir un optimisme sélectif pour l’année 2026. Les perspectives indiquent une centralisation sur les startups africaines les plus prometteuses et à fort potentiel de croissance.
Félicienne HOUESSOU
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