Face à l’explosion des maladies non transmissibles et des traumatismes, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) exhorte les gouvernements à frapper fort au portefeuille. L’objectif : rendre les produits nocifs moins abordables pour sauver des vies et financer les systèmes de santé.
Le constat de l’OMS est sans appel : la baisse relative du prix des boissons sucrées et alcoolisées alimente une crise sanitaire mondiale. Dans deux rapports majeurs publiés le 13 janvier, l’institution dénonce des systèmes fiscaux trop permissifs qui laissent des produits dangereux à la portée de tous, alors que les hôpitaux croulent sous les coûts des maladies évitables.
Pour le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, la fiscalité est « l’un des outils les plus efficaces » pour promouvoir la santé publique. « En augmentant les taxes sur le tabac, le sucre et l’alcool, les gouvernements peuvent réduire la consommation et libérer des ressources cruciales pour les services essentiels », martèle-t-il.
Si 116 pays taxent déjà les boissons sucrées, l’OMS pointe de nombreuses failles. De nombreux produits comme les jus de fruits 100 %, les laits sucrés ou les thés glacés échappent encore à l’impôt dans de nombreuses régions. De même, si les boissons énergisantes sont taxées par 97 % des pays, le taux médian de taxation ne représente souvent que 2 % du prix d’un soda, un montant jugé dérisoire par l’organisation.
L’alcool, un produit devenu trop abordable
La situation de l’alcool inquiète particulièrement les experts. Bien que 167 pays imposent des taxes, l’alcool est devenu plus abordable dans la majorité des États depuis 2022. En cause : des taxes qui ne sont pas indexées sur l’inflation ou sur la croissance des revenus. Le vin, par exemple, n’est toujours pas taxé dans 25 pays, principalement en Europe.
« Des boissons alcoolisées abordables favorisent la violence et les maladies. Pendant que l’industrie réalise des bénéfices, c’est la société qui assume les coûts sanitaires », souligne le Dr Etienne Krug, directeur à l’OMS.
Des taxes trop faibles et mal ciblées
L’OMS appelle à une réforme profonde de la fiscalité préventive. Actuellement, les taux d’accise médians ne s’élèvent qu’à 14 % pour la bière et 22,5 % pour les spiritueux à l’échelle mondiale. L’organisation recommande non seulement d’augmenter ces taux, mais aussi de les ajuster systématiquement à l’inflation pour éviter que ces produits ne redeviennent progressivement accessibles et continuent de peser sur la santé mondiale.
Elom LOKONON
Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com



