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Financement de la santé : l’Afrique sous pression face au recul de l’aide et au poids de la dette

La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) a réuni, le 16 septembre 2026 à Addis-Abeba, la première session du Groupe consultatif de haut niveau (HLAG) sur le financement de la santé, alors que les systèmes sanitaires africains font face à un resserrement de leurs marges financières. Organisée en format hybride et à huis clos, la réunion a porté sur le mandat du HLAG et sur les moyens de mobiliser un financement durable, principalement national, pour la santé. L’initiative s’appuie sur la Déclaration de Tanger, adoptée en mars 2026 par les ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique, et est coordonnée par la CEA avec ses partenaires.

À l’ouverture des travaux, le secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, a appelé à une coordination renforcée entre les ministères de la Santé et des Finances, ainsi qu’à une mobilisation accrue des ressources nationales, du financement innovant et de l’investissement privé. « Il n’y a rien à faire sans les gens. Nous avons besoin qu’ils soient en bonne santé pour pouvoir contribuer », a-t-il déclaré.

Le responsable de la CEA a placé au cœur du mandat du HLAG la forte contraction de l’aide publique au développement destinée à la santé et le poids du service de la dette, qui réduit l’espace budgétaire des gouvernements africains. Il a également inscrit cette démarche dans la Déclaration de Tanger, qui considère les dépenses de santé comme un investissement dans le capital humain et la résilience économique, plutôt que comme un coût à gérer.

De la dépendance à l’aide à la mobilisation nationale

Le professeur Yemi Osinbajo, ancien vice-président du Nigeria et champion de l’initiative, a salué la création du Groupe consultatif de haut niveau comme un tournant dans le débat sur le financement de la santé en Afrique. L’objectif est de passer d’une logique de dépendance à l’aide à celle de la propriété nationale, avec des ministères des Finances et de la Santé appelés à travailler conjointement plutôt que parallèlement.

À distance, la professeure Senait Fisseha, vice-présidente des programmes mondiaux à la Fondation Susan Thompson Buffett, qui avait coorganisé la réunion d’avril 2025 des ministres africains de la Santé lançant l’Initiative, a défendu la même évolution. Elle a présenté la philanthropie comme un catalyseur et non comme un substitut au financement public, avec un impact devant être évalué à l’aune des institutions et des systèmes qu’elle laisse derrière elle plutôt que de la répétition des subventions.

Représentant le président de la Commission de l’Union africaine, le professeur Julio Rakotonirina, directeur de la Commission pour la santé et les affaires humanitaires, a identifié cinq domaines directeurs pour l’Initiative : mobilisation des ressources nationales, efficacité, équité, protection financière et espace budgétaire. Il a appelé à un alignement avec l’Agenda 2063, la Stratégie de santé africaine et l’engagement d’Abuja, tout en soulignant que la réponse continue du continent à l’épidémie d’Ebola rappelle que financement de la santé et sécurité sanitaire ne peuvent être dissociés.

L’aide extérieure recule, les budgets nationaux sous tension

L’urgence du HLAG tient à la dégradation des conditions de financement. Les ressources extérieures consacrées à la santé diminuent fortement, un recul accéléré par la fermeture de l’USAID et par une réduction plus large des financements concessionnels. Jusqu’à la moitié des budgets de santé de nombreux pays africains dépendent ainsi de financements externes.

Dans le même temps, les recettes intérieures restent limitées, avec un ratio moyen impôt/PIB d’environ 16 % sur le continent. Les dépenses directes des ménages constituent encore la principale source de financement de la santé dans environ la moitié des pays africains. À cette contrainte s’ajoute le service de la dette, qui continue d’absorber un espace budgétaire susceptible d’être consacré à la santé et à d’autres services essentiels.

Cinq pays — le Botswana, l’Éthiopie, la Guinée, la Sierra Leone et le Togo — participent déjà à l’Initiative comme groupe d’adopteurs précoces. Des évaluations techniques sont en cours, avec pour objectif de faire émerger des solutions de financement pilotées par les pays en développement.

Cinq pays engagés dans les premières évaluations

Après les remarques d’ouverture, le Groupe consultatif de haut niveau a poursuivi ses travaux à huis clos durant le reste de l’après-midi. Les sessions ont réuni des ministres et de hauts responsables venus de plusieurs pays du continent, notamment de Guinée, des Seychelles et du Togo.

Ces échanges reflètent l’accent placé par l’Initiative sur l’apprentissage direct entre pays, afin de tirer les enseignements des expériences nationales dans la construction de systèmes de santé durables et financés sur le territoire national.

Félicienne HOUESSOU

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