Le recul de l’aide publique au développement et la montée des coûts d’emprunt placent les finances publiques africaines face à une équation de plus en plus contraignante. C’est l’un des principaux constats de la session consacrée à l’élaboration de la politique budgétaire dans un contexte de fragmentation mondiale et de recul de l’aide, organisée lors de la première journée du 11e Congrès annuel du Réseau africain de recherche fiscale (ATRN).
Dans un environnement marqué par l’intensification des tensions géopolitiques, la multiplication des restrictions commerciales et l’affaiblissement de la coopération multilatérale, les marges de manœuvre budgétaires des États africains se resserrent. L’aide publique au développement destinée au continent stagne et recule. Selon les projections de l’OCDE, sa baisse cumulée dépasserait 25 % sur la période 2024-2025. Cette contraction intervient alors que les besoins de financement restent élevés et que le recours à l’endettement devient plus coûteux. Pour les panélistes, cette nouvelle configuration impose de renforcer la mobilisation des ressources intérieures et de repenser les politiques fiscales à partir de données solides.
« Les aides se sont effondrées, la dette comble le vide », a résumé Emeka Nwankwo, responsable de la fiscalité et de l’amélioration des capacités de l’ATAF. Les chiffres qu’il a avancés illustrent la pression exercée sur les budgets africains. Les intérêts représentent désormais 10,5 % des recettes publiques. Dans le même temps, le rendement moyen des obligations africaines s’est établi à 9,8 % sur la période 2020-2025. Cette charge financière se traduit directement dans les arbitrages budgétaires : les États consacrent en moyenne 70 dollars par habitant au paiement des intérêts, contre 44 dollars à la santé.
Dans ce contexte, la croissance économique ne suffira pas à elle seule à combler les déficits de financement. « La croissance ne suffira pas à combler l’écart ; ce sont la couverture et les politiques qui y parviendront », a souligné Emeka Nwankwo.
Le continent dispose pourtant d’un potentiel important de ressources domestiques. Les recettes fiscales et non fiscales représentent 469 milliards de dollars par an.


Adapter la politique fiscale aux vulnérabilités
Le recul de l’aide ne produit toutefois pas les mêmes effets partout. Les différences de structure économique et de vulnérabilité rendent difficile l’application d’un modèle fiscal unique à l’ensemble du continent. Pour le responsable de la fiscalité et de l’amélioration des capacités de l’ATAF, les États fragiles, les pays exportateurs de ressources, les États insulaires et les économies diversifiées à revenu intermédiaire ne disposent ni des mêmes bases fiscales ni des mêmes capacités à absorber les chocs. Il estime que les recommandations de réforme doivent donc être adaptées à ces profils. La priorité selon lui est d’élargir l’assiette fiscale en dehors des ressources naturelles. Dans les économies dépendantes des matières premières, cette diversification devient particulièrement importante pour réduire l’exposition des recettes publiques aux fluctuations des cours et aux chocs extérieurs. La conception budgétaire doit également intégrer davantage les risques liés aux changements climatiques et aux perturbations commerciales.
Cette transformation renforce le rôle de la recherche fiscale. Alors que l’Afrique doit progressivement moins compter sur le soutien extérieur, les gouvernements ont besoin de données empiriques pour concevoir des systèmes fiscaux efficaces et équitables, optimiser les recettes et renforcer leur résilience budgétaire.

Pour Ramy Mohamed Youssef, vice-ministre des Finances de l’Égypte, l’efficacité de ces systèmes passe également par davantage de transparence et par l’utilisation de données fondées sur des critères et des principes partagés. « Nous devons nous rapprocher des règles qui nous permettent d’accompagner la transparence », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de disposer de données répondant à des critères communs. La transparence constitue, selon lui, un élément essentiel de la crédibilité économique des nations.
Cette approche doit également permettre aux décideurs de mieux anticiper les mutations à venir. « Nous devons regarder le futur, regarder les choses qui vont changer dans le futur, prédire ce qui va se passer dans le futur », a-t-il ajouté, appelant à écouter les signaux annonçant les changements et à poursuivre le suivi des mesures.
Kigali, Félicienne HOUESSOU
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