La sixième édition du programme AFRODAD Media Initiative (AFROMEDI VI) s’est ouverte ce mardi 27 Mai à Nairobi, réunissant 45 journalistes issus de 29 pays africains autour d’un objectif commun, celui de renforcer le rôle des médias pour la justice socio-économique et de la position africaine sur la dette.
La dette n’est pas un chiffre abstrait. C’est la salle de classe qui n’a jamais été construite. La clinique qui n’avait plus de médicaments. La bourse qui a été annulée. Le fonctionnaire qui n’a pas été payé. Seul un journaliste peut rendre ce lien visible à ceux qui ont le plus besoin de le comprendre. C’est à juste titre que cette rencontre de trois jours a été organisée par AFRODAD en partenariat avec Transparency International Kenya.
Placée sous le thème « Partenariat avec les médias pour promouvoir la justice socio-économique et la position commune de l’Afrique sur la dette », AFROMEDI VI intervient dans un contexte marqué par l’aggravation des vulnérabilités financières de plusieurs États africains. En effet, le stock de la dette extérieure du continent s’est établi autour de 1 860 milliards de dollars en 2024, contre 1 000 milliards moins de dix ans auparavant. Cette explosion phénoménale de la dette fait peser un risque de plus en plus grand de défaut de paiement pour plusieurs pays du continent englués dans la spirale de l’endettement. La première conférence de l’Union Africaine sur la dette publique révèle que plus de 20 pays africains sont en situation de surendettement.

Le directeur exécutif par intérim d’AFRODAD, Dr Yungong Theophilus Jong, a insisté sur le rôle stratégique des journalistes dans la compréhension et la vulgarisation des enjeux liés à la dette publique. « Vous êtes ici parce que l’Afrique a besoin de journalistes qui comprennent ce qui est en jeu — et qui ont le courage de le dire clairement à leur public. Non pas comme un messager, pas comme un micro — mais comme quelqu’un capable de prendre un sujet complexe, opaque, profondément important et le rendre humain, visible et impossible à ignorer… », a-t-il souligné. Il a rappelé que la dette ne se résume pas à des statistiques économiques, mais qu’elle a des conséquences directes sur la vie des populations africaines.
Selon lui, les médias africains ont un rôle essentiel à jouer pour renforcer la redevabilité publique en expliquant aux citoyens les engagements pris en leur nom par les gouvernements et les institutions financières. « L’Afrique reste un continent qui raconte sa propre histoire, fixe ses propres conditions et tient ses dirigeants — et le monde — responsables », a-t-il déclaré, appelant les journalistes à rendre visibles les impacts humains des politiques d’endettement.
Il a également annoncé le lancement de l’A-CoDD, une nouvelle plateforme de formation consacrée à la dette et au développement destinée aux journalistes africains souhaitant approfondir leur couverture des questions économiques et financières. Les travaux d’AFROMEDI VI porteront notamment sur les ressources naturelles qui sous-tendent les prêts, les revenus qui s’échappent par des canaux illicites, les budgets discrètement réduits, et les lignes juridiques des contrats qui peuvent lier un gouvernement pendant une génération.

Gibson Mwaita, responsable des programmes de Transparency International Kenya a estimé que le continent se trouvait aujourd’hui « à la croisée des chemins », confronté à des défis croissants de gouvernance, de dette et de justice sociale.
Le représentant de Transparency International Kenya a souligné que plusieurs pays africains consacrent désormais davantage de ressources au service de la dette qu’aux secteurs sociaux essentiels comme l’éducation, la santé ou les infrastructures. « L’Afrique continue de perdre d’énormes ressources à cause des flux financiers illicites, de la corruption, des contrats opaques, de l’évasion fiscale et de systèmes de responsabilité faibles », a-t-il souligné, dénonçant que les pertes massives liées aux flux financiers illicites, à la corruption, à l’évasion fiscale et aux contrats opaques, estimant que la crise de la dette reste profondément liée aux problèmes de gouvernance et de transparence.




Face à ces enjeux, Gibson Mwaita a exhorté les journalistes africains à « poser les questions difficiles », « suivre l’argent » et « interroger les systèmes de pouvoir » afin de renforcer la responsabilité démocratique sur le continent. Car, dira-t-il, « cette rencontre est une plateforme pour approfondir les discussions sur la dette publique, les prêts adossés aux ressources, les flux financiers illicites, la gouvernance extractive, la justice climatique et les impacts socio-économiques de l’austérité »
À travers cette initiative, AFRODAD ambitionne de bâtir un réseau de journalistes capables de produire une couverture plus approfondie des questions économiques et financières, dans une Afrique qui cherche de plus en plus à imposer sa propre voix dans les débats internationaux sur la dette, le développement et la souveraineté économique.




Félicienne HOUESSOU
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