En érigeant de nouvelles barrières douanières en 2025, Donald Trump promettait de corriger ce qu’il qualifiait depuis des années de « pillage commercial » des États-Unis. L’objectif affiché était de réduire le déficit commercial chronique du pays, rapatrier la production industrielle et rééquilibrer les échanges avec les partenaires jugés « déloyaux ». Un an plus tard, les chiffres racontent une tout autre réalité.
Selon les données publiées par le Bureau of Economic Analysis (BEA), le déficit commercial américain s’est creusé à 70,3 milliards de dollars en décembre 2025, contre 53 milliards en novembre. Les économistes anticipaient un solde négatif de 55,5 milliards. L’écart dépasse toutes les prévisions !
Derrière cette aggravation mensuelle, on note un double mouvement défavorable. En effet, les exportations ont reculé de 1,7 %, à 287,3 milliards de dollars, tandis que les importations ont progressé de 3,6 %, à 357,6 milliards. Alors que la Maison-Blanche multipliait les annonces de surtaxes et que le président défendait une politique de fermeté commerciale, l’économie américaine a continué d’acheter davantage à l’étranger qu’elle ne vendait au reste du monde.
Sur l’ensemble de l’année 2025, le déficit commercial des États-Unis atteint 901,5 milliards de dollars. Certes, il est légèrement inférieur à celui de 2024, qui culminait à 903,5 milliards. Mais il demeure l’un des plus importants enregistrés depuis 1960. Autrement dit, malgré l’arsenal tarifaire, l’Amérique reste profondément dépendante des importations.
Dans le détail, les exportations ont pourtant bondi de 6,2 % sur l’année, à 3 432,3 milliards de dollars. La plus forte progression provient de l’or non monétaire, suivie par les produits métalliques finis, les redevances liées à la propriété intellectuelle et le gaz naturel. À première vue, ces performances pourraient accréditer la thèse d’une économie américaine dynamique et compétitive.
Mais les importations ont augmenté presque au même rythme : +4,8 %, à 4 333,8 milliards de dollars. Les achats d’ordinateurs et d’accessoires informatiques figurent parmi les principaux moteurs de cette hausse. L’économie numérique américaine, florissante, continue de s’approvisionner massivement à l’étranger, neutralisant en partie les gains enregistrés à l’export.
Les déséquilibres bilatéraux, eux, ont évolué de manière contrastée. Le déficit avec l’Union européenne s’est réduit à 219 milliards de dollars en 2025, contre 236 milliards en 2024. Celui avec la Chine a également reculé, à 202 milliards de dollars, contre 296 milliards l’année précédente. Ces chiffres pourraient apparaître comme une victoire pour l’administration Trump, qui avait explicitement ciblé ces partenaires.
Le déficit s’est creusé avec le Mexique, atteignant 197 milliards de dollars contre 171 milliards un an plus tôt. Il a explosé avec le Vietnam (178 milliards, contre 123) et avec Taïwan (147 milliards, contre 74). En d’autres termes, les chaînes d’approvisionnement ne se sont pas nécessairement relocalisées aux États-Unis : elles se sont redéployées vers d’autres pays.
La stratégie tarifaire a également été fragilisée sur le plan juridique. Une décision de la Cour suprême a invalidé une large part du programme de droits de douane du président. Pourtant, selon le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, aucun partenaire n’a manifesté l’intention de se retirer des accords existants. Preuve que, malgré les tensions, l’architecture du commerce mondial reste largement intacte.
Vendredi encore, Donald Trump a instauré une taxe temporaire de 10 %, poursuivant sa logique d’intervention. Mais les marchés, eux, observent surtout la trajectoire des chiffres. Or ceux-ci indiquent que les importations continuent de croître plus vite que les exportations sur certains segments stratégiques.
Pour Donald Trump, le pari politique reste risqué. Il avait fait de la réduction du déficit un symbole de souveraineté retrouvée. Or, malgré une inflexion marginale sur l’année, le niveau global reste proche de records historiques. Les droits de douane ont modifié les routes du commerce, pas son ampleur.
Le débat est désormais moins idéologique que pragmatique. Les entreprises américaines, intégrées dans des chaînes de valeur mondialisées, plaident pour la stabilité. Les partenaires commerciaux, eux, s’adaptent et redirigent leurs exportations. Et les chiffres du BEA rappellent, mois après mois, qu’ériger des barrières ne suffit pas à inverser des tendances structurelles.
Elom LOKONON
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