Les ambitions de développement de l’Afrique ne souffrent pas d’un déficit de vision, mais d’un verrou financier persistant. C’est le constat partagé lors de deux tables rondes de haut niveau organisées dans le cadre du Forum régional africain pour le développement durable 2026, où ministres, experts et partenaires ont pointé l’écart critique entre objectifs affichés et moyens mobilisés.
Au cœur des échanges, un message clair : le défi africain est celui de la mise en œuvre. Or, celle-ci exige des financements accessibles, des projets bancables, des systèmes nationaux robustes et une architecture financière internationale adaptée aux réalités du continent. Pour Claver Gatete, il est impératif de sécuriser les investissements malgré les contraintes budgétaires, notamment en réduisant les risques liés au change, au climat et aux politiques publiques afin d’attirer davantage de capitaux privés.
Les intervenants ont dénoncé le coût du capital, jugé disproportionné en Afrique. Les mécanismes internationaux — notations de crédit, pondérations des risques, exigences en fonds propres — freinent les investissements dans les infrastructures et la résilience climatique. Timothewos a ainsi souligné que « les déficits de financement, l’alourdissement de la dette et le coût élevé du capital compromettent les acquis du développement », tout en annonçant une priorité donnée à la mise en œuvre lors de la future COP32.
Un financement climatique déséquilibré
Les discussions ont également mis en évidence un déséquilibre structurel des flux climatiques, majoritairement orientés vers l’atténuation, au détriment de l’adaptation et de la gestion des pertes et dommages. Un décalage qui ne reflète ni la vulnérabilité du continent ni ses besoins réels.
Aakif Merchant a plaidé pour le recours accru au financement mixte afin de passer à l’échelle, tandis que Bernadette Arakwiye a présenté le modèle rwandais d’intégration de la résilience climatique dans la planification nationale, fondé sur la budgétisation verte et des plateformes d’investissement coordonnées.
Dans le même registre, Antwi-Boasiako Amoah a insisté sur la nécessité de financements « prévisibles et accessibles », sous forme de subventions et de mécanismes concessionnels, essentiels pour soutenir une transition juste et l’industrialisation verte.
Des solutions encore sous-exploitées
Malgré ces contraintes, plusieurs leviers ont été identifiés. Tariye Gbadegesin a mis en avant les plateformes de financement à grande échelle, capables de transformer des projets pilotes en solutions structurantes. De son côté, Thomas Asare a souligné le rôle stratégique des données climatiques dans la structuration d’instruments innovants comme les obligations de résilience ou les échanges dette-climat.
La société civile, représentée par Mithika Mwenda, a appelé à une justice financière accrue, insistant sur la responsabilité différenciée des pays développés dans le financement de la transition.
Sur le plan budgétaire, Mthuli Ncube a insisté sur la nécessité de renforcer la mobilisation des ressources nationales dans un contexte de pression sur la dette. Une position appuyée par Jean-Bertrand Azapmo, qui a plaidé pour un lien renforcé entre financement climatique et industrialisation via la Zone de libre-échange continentale africaine.
Les institutions financières ont également souligné l’urgence de réformes systémiques. N’Sonde Regis a évoqué la nécessité d’un appui accru pour mobiliser des financements sans aggraver la dette, tandis que Coulibaly Abdoulaye a insisté sur la réduction du coût du capital via une réforme de l’architecture financière mondiale.
Vers une approche intégrée et coordonnée
Les participants ont unanimement dénoncé la fragmentation des financements, souvent limités à des projets isolés. Ils ont appelé à des approches programmatiques, alignées sur les stratégies nationales et les objectifs continentaux.
Parmi les faiblesses identifiées figurent la faible mobilisation fiscale, les lacunes en gestion des finances publiques et le manque de projets prêts à l’investissement. L’insuffisance de capacités techniques pour structurer des partenariats public-privé ou élaborer des projets bancables reste un frein majeur.
Les mécanismes régionaux, encore sous-utilisés, offrent pourtant des opportunités. Les experts ont plaidé pour un recours accru aux instruments innovants tels que les obligations vertes, les marchés carbone africains ou les échanges dette-climat.
Enfin, la transparence, la qualité des données et la redevabilité ont été identifiées comme des piliers essentiels pour restaurer la confiance des investisseurs et garantir l’efficacité des politiques publiques.
À l’issue des travaux, un consensus s’est dégagé : l’Afrique dispose des capacités et du potentiel pour accélérer sa transformation. Mais sans réforme profonde du système financier international et sans mobilisation accrue de ressources adaptées, ses ambitions risquent de rester entravées. Le défi est désormais de traduire ces orientations en actions concrètes, à la hauteur des enjeux climatiques et de développement du continent.
Dossou AFFAMA
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