Le Forum africain de l’administration fiscale (ATAF) a organisé, du 14 au 16 octobre 2026 à Victoria Falls, au Zimbabwe, la conférence et l’atelier 2026 sur l’échange continental d’informations (EOI). Organisé par la Zimbabwe Revenue Authority (ZIMRA) et inauguré par David Kudakwashe Mnangagwa, vice-ministre zimbabwéen des Finances, du Développement économique et de la Promotion des investissements, ce rendez-vous de trois jours vise à renforcer la coopération fiscale internationale, combattre les flux financiers illicites et accroître la mobilisation des recettes intérieures.
Depuis 2009, les administrations fiscales africaines ont identifié plus de 4,6 milliards d’euros de recettes supplémentaires grâce à l’échange d’informations, aux audits transfrontaliers, aux enquêtes soutenues par ce mécanisme et aux programmes de divulgation volontaire. Rien qu’en 2025, ces dispositifs ont permis de dégager 417 millions d’euros de recettes additionnelles.
Malgré ces résultats, les gains restent concentrés dans un nombre relativement limité de pays. De nombreuses administrations fiscales africaines demeurent confrontées à des cadres juridiques insuffisants, à des capacités techniques limitées et à des difficultés pour exploiter efficacement les informations échangées. Un constat qui souligne la nécessité de renforcer la coopération et de déployer des solutions pratiques. Pour Antony Munanda, responsable de la fiscalité internationale et transfrontalière de l’ATAF, la conférence doit aider davantage de pays à transformer la coopération fiscale internationale en recettes concrètes.
« L’échange d’informations est un instrument essentiel pour protéger la base fiscale de l’Afrique et renforcer la mobilisation des recettes intérieures. Nous avons vu les résultats qu’il peut apporter, mais trop de nos membres n’en ont pas encore pleinement profité », a-t-il déclaré. Il a appelé à renforcer l’engagement politique, à développer les capacités pratiques et à doter les administrations fiscales des outils et de l’expertise nécessaires pour exploiter les informations détenues à l’étranger.
Le commissaire général par intérim de la ZIMRA, Misheck Govha, a pour sa part souligné l’importance de cette rencontre pour la coopération régionale. Alors que les activités économiques dépassent de plus en plus les frontières nationales, a-t-il estimé, aucune administration fiscale ne peut relever seule ces défis. Une coopération renforcée et un échange efficace d’informations sont essentiels pour protéger les recettes publiques et financer les priorités de développement.
Dans son allocution d’ouverture, David Mnangagwa a également insisté sur le rôle de la coopération fiscale internationale dans les stratégies nationales de financement. Les revenus, les actifs et les transactions commerciales circulent dans un système financier africain interconnecté, tandis que les gouvernements restent responsables du financement du développement intérieur. L’échange d’informations permet ainsi d’établir les faits nécessaires pour identifier les revenus et actifs imposables dissimulés, enquêter sur les flux financiers illicites liés à la fiscalité et faire appliquer les législations nationales.
Les travaux s’ouvrent sur des discussions de haut niveau consacrées à la transparence fiscale en Afrique, au leadership politique et à la mise en œuvre de l’échange automatique d’informations (AEOI). Les deux jours suivants portent sur les applications pratiques : demandes d’échange d’informations, exploitation des données lors des contrôles fiscaux, examens fiscaux simultanés, identification des bénéficiaires effectifs et processus internationaux d’examen par les pairs.
En parallèle, l’ATAF poursuit plusieurs initiatives destinées à consolider la coopération fiscale sur le continent. Elles comprennent l’Accord ATAF sur l’assistance mutuelle en matière fiscale (AMATM), qui encadre la coopération entre administrations fiscales africaines, ainsi que des programmes d’assistance technique, de renforcement des capacités et des outils pratiques pour améliorer la mise en œuvre et l’utilisation de l’échange d’informations.
Les participants examineront également une solution informatique d’échange automatique d’informations développée conjointement par l’ATAF et l’Autorité du revenu de Zambie (ZRA), avec le soutien de la Banque mondiale. Cette initiative illustre le potentiel des solutions technologiques conçues en Afrique pour renforcer la coopération fiscale internationale.
Dans la continuité de la première conférence organisée en 2024, cette édition s’inscrit dans les efforts de l’ATAF pour renforcer la maîtrise africaine de l’agenda de l’échange d’informations et permettre à davantage de pays membres de convertir la coopération internationale en recettes nationales supplémentaires.
Félicienne HOUESSOU
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