Le Bénin et le Nigeria accélèrent la digitalisation de leur frontière commerciale avec l’interconnexion de leurs systèmes douaniers au poste-frontière de Sèmè-Kraké. Lancé vendredi 11 septembre par les directeurs généraux des douanes des deux pays, Raouf Malèhossou Aboudou et Bashir Adewale Adeniyi, le projet pilote doit permettre aux administrations d’échanger leurs données en temps réel et de fluidifier le traitement des marchandises sur le corridor Cotonou-Lagos.
Baptisé Customs Declaration Exchange System (CDES), le dispositif permettra aux services douaniers du pays de destination de consulter directement une déclaration enregistrée dans le pays de départ. Les données relatives aux manifestes, au transit, aux profils de risque et aux alertes de contrôle pourront également circuler entre les deux administrations. Chacune conservera toutefois ses prérogatives en matière de calcul des droits, d’évaluation des risques et de délivrance de la mainlevée.
L’enjeu est de réduire les coûts et les délais générés par la fragmentation des procédures à Sèmè-Kraké. Malgré des infrastructures communes, les deux administrations utilisent encore des systèmes informatiques distincts. Le CDES doit ainsi connecter Customs Webb, au Bénin, à B’Odogwu, au Nigeria, afin de limiter la ressaisie des informations et les formalités effectuées séparément de part et d’autre de la frontière.
Les autorités visent une réduction drastique du temps de passage des marchandises, actuellement compris entre 12 et 36 heures, à moins de 3 heures. Elles ambitionnent également de porter à plus de 80 % la part du traitement électronique préalable. Le partage en amont des profils de risque et des alertes doit permettre de mieux cibler les cargaisons et de concentrer les contrôles physiques sur les envois présentant les risques les plus élevés. La remise en service des scanners, l’amélioration de la surveillance et de l’éclairage ainsi que l’harmonisation des procédures bilingues figurent également parmi les mesures prévues.
Le projet prolonge les efforts engagés par les deux pays pour numériser leurs échanges. En mai 2025, le Bénin et le Nigeria avaient lancé à Sèmè-Kraké un pilote du Système interconnecté de gestion des marchandises en transit (SIGMAT), avec l’appui de la CEDEAO. Le CDES pousse plus loin cette logique en connectant les données douanières au-delà du seul suivi des marchandises en transit.
Le corridor Abidjan-Lagos, où se situe Sèmè-Kraké, représente environ 70 % du commerce de transit de la sous-région selon les douanes nigérianes. L’interconnexion des systèmes douaniers porte ainsi un enjeu commercial qui dépasse largement le seul fonctionnement du poste-frontière.
Elom LOKONON
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