Il est arrivé à Niamey avec deux accords et une promesse : maintenir le financement du Niger malgré un environnement régional devenu plus risqué. Le 28 juillet 2026, Serge Ekué, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), a signé deux conventions de prêt d’un montant cumulé de 60 milliards de FCFA, destinées à renforcer les capacités énergétiques et agricoles du pays.
Le premier financement, de 30,6 milliards de FCFA sur un coût total de 33,9 milliards, est consacré au projet de renforcement des capacités de production d’énergie électrique (PRECAP2E). Le dispositif repose sur un mix combinant centrales diesel, mini-centrales solaires photovoltaïques et batteries de stockage. Il prévoit notamment une centrale diesel de 23 mégawatts à Gorou Banda et deux unités de 6 mégawatts à Malbaza et Agadez. Des installations solaires doivent également être déployées sur plusieurs sites stratégiques de Niamey, notamment au siège de la NIGELEC, à l’hôpital national et à la maternité centrale Issaka Gazobi.
À terme, le projet doit ajouter 35 mégawatts de capacité dans les zones Fleuve, Niger Centre, Est et Nord. Pour la BOAD, l’enjeu est autant énergétique qu’économique : sécuriser l’approvisionnement des ménages et des infrastructures essentielles, mais aussi réduire un déficit électrique qui pèse directement sur la productivité des entreprises et l’attractivité des investissements.
Le second prêt, de 30 milliards de FCFA, cible l’agriculture. Il doit renforcer les moyens d’intervention de l’Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA), à travers l’acquisition d’équipements spécialisés pour les travaux de terrassement, le génie civil, les forages, la topographie et les analyses de laboratoire.
L’objectif affiché est d’accroître la capacité productive du pays d’au moins 50 000 tonnes de riz supplémentaires par an. Dans un contexte de tensions sur les marchés agricoles et de vulnérabilité accrue aux chocs climatiques, ce financement place la souveraineté alimentaire au cœur de la stratégie de développement. Pour Niamey, il s’agit de réduire sa dépendance aux importations tout en renforçant les chaînes de valeur locales.

La BOAD maintient le cap au Sahel
La portée de ces deux opérations dépasse toutefois leur montant. Alors que le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a compliqué les relations avec plusieurs partenaires, la BOAD a choisi de maintenir son engagement financier au Niger.
Les deux nouveaux prêts portent à près de 1 000 milliards de FCFA le montant net des engagements de la banque dans le pays, tous secteurs confondus. Et la trajectoire est appelée à s’accélérer. À l’issue de ses rencontres avec les autorités nigériennes, Serge Ekué a annoncé que la BOAD comptait plus que doubler ses financements au Niger entre 2026 et 2030, avec une enveloppe programmée de 700 milliards de FCFA, contre 307 milliards sur les cinq années précédentes.
Cette ambition s’inscrit dans le nouveau plan stratégique de la banque, « Djoliba… La Suite », dont les priorités — énergie, agriculture, souveraineté alimentaire et infrastructures — convergent avec celles du Programme de refondation de la République (PRR) 2025-2029 du Niger.
Pour la BOAD, ce choix comporte néanmoins une dimension de risque. Le Niger reste confronté à une forte pression sécuritaire et à un accès plus contraint aux financements internationaux. La banque régionale entend précisément jouer son rôle de financeur contracyclique, en continuant à mobiliser des ressources sur les marchés pour les réinjecter dans des économies où les investisseurs commerciaux se montrent plus prudents.

Le pari d’une banque qui a renforcé son accès aux marchés
La stratégie de Serge Ekué repose sur un atout central : la crédibilité financière de la BOAD. Le 23 juillet, Moody’s a confirmé la note Baa1 de l’institution, assortie d’une perspective stable, en mettant notamment en avant sa gouvernance et ses dispositifs de gestion des risques malgré les tensions qui traversent le Sahel.
Cette notation constitue un levier stratégique. Elle permet à la banque de mobiliser des financements à long terme sur les marchés internationaux dans des conditions relativement compétitives, avant de les orienter vers des projets structurants dans les économies de l’UEMOA.
Sous la présidence de Serge Ekué, la BOAD a également changé d’échelle. Le précédent plan stratégique « Djoliba », achevé en 2025, a permis de mobiliser plus de 3 762 milliards de FCFA de financements cumulés, soit 12 % de plus que l’objectif initial. L’institution a également réalisé une émission obligataire d’un milliard d’euros sur quinze ans, une maturité particulièrement longue pour une banque multilatérale africaine de développement.
Cette capacité à accéder aux marchés donne à la BOAD une marge de manœuvre pour maintenir ses financements dans les pays les plus exposés. Mais elle impose aussi une discipline accrue. L’augmentation des engagements au Niger devra s’accompagner d’une exécution rigoureuse des projets, du respect des échéances et d’une gouvernance financière solide.
À Niamey, Serge Ekué a d’ailleurs insisté sur ces conditions, rappelant que l’impact réel des financements dépendra de la qualité de leur mise en œuvre. La BOAD, a-t-il assuré, prendra sa part de responsabilité.
Derrière les 60 milliards de FCFA signés le 28 juillet se dessine ainsi un pari plus large : celui d’une institution financière régionale qui entend continuer à financer le développement au cœur d’un Sahel en crise, tout en protégeant la qualité de son bilan. Pour la BOAD, le Niger n’est donc pas seulement un bénéficiaire de financements. Il est aussi un test grandeur nature de la capacité de la banque à conjuguer mandat de développement, gestion du risque et crédibilité sur les marchés internationaux.

Félicienne HOUESSOU
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