Face aux dérives numériques, le Conseil suprême de régulation des médias renforce l’encadrement des réseaux sociaux avec de nouvelles règles destinées à protéger la vie privée et les mineurs.
Après plusieurs incidents ayant suscité une vive émotion dans la société, les autorités égyptiennes renforcent leur contrôle des réseaux sociaux. Le Conseil suprême de régulation des médias a adopté, ces dernières semaines, plusieurs mesures visant à mieux encadrer les contenus diffusés en ligne, à protéger la vie privée et, plus récemment, à renforcer la protection des enfants et des adolescents.
Le Conseil a notamment décidé d’interdire la diffusion ou le débat autour de contenus portant sur les crises et différends familiaux, ainsi que sur les secrets de la vie privée des citoyens, des personnalités publiques et des figures nationales. « Cette décision s’applique aussi bien aux plateformes numériques qu’aux médias et à la presse », précise le Conseil dans son communiqué.
La mesure a rapidement trouvé une première application. Quelques jours après son adoption, le Conseil a été saisi d’une plainte du député Mohamed Abdel-Alim Daoud contre un compte en ligne baptisé « Basem Maraei ». Le plaignant accuse ce compte de diffamation, d’atteinte à sa vie privée et à sa réputation, ainsi que de harcèlement systématique à son encontre et à l’encontre des membres de sa famille. « La plainte fait actuellement l’objet d’un examen et les mesures prévues à cet égard sont en cours de mise en oeuvre », a indiqué le Conseil.
L’autorité a également approuvé la convocation des représentants légaux de plusieurs sites Internet pour non-respect des règles et procédures adoptées en matière de protection et de respect de la vie privée des citoyens.
Le renforcement de l’encadrement numérique s’est également traduit par une décision conjointe, adoptée vendredi 18 septembre par le Conseil suprême de régulation des médias et l’Autorité nationale de régulation des télécommunications (NTRA), consacrée à la protection des enfants et des adolescents de moins de 15 ans.
Prise conformément aux directives du président Abdel Fattah Al-Sissi, qui a abordé à plusieurs reprises la question de la protection des mineurs en ligne, la décision « vise à renforcer la sécurité des mineurs dans l’environnement numérique, tout en préservant leur droit à un usage responsable des technologies », selon le communiqué conjoint des deux autorités.
Il ne s’agit pas, précisent-elles, de priver les enfants d’accès aux technologies, mais de faire en sorte que leur utilisation se déroule dans un cadre adapté à leur âge et aux risques auxquels ils peuvent être exposés.
« Cette décision est importante, bien qu’elle soit tardive. De nombreux Etats ont effectivement adopté des procédures semblables » (voir encadré), estime Mona Lamloum, professeure assistante en psychologie infantile à l’Université Al-Galala.
Elle rappelle que les plateformes elles-mêmes fixent des âges minimums pour leurs utilisateurs, reconnaissant ainsi que certains contenus peuvent ne pas être adaptés aux enfants. Les risques sont multiples, explique-t-elle : chantage au moyen de photos falsifiées, cyberintimidation, exposition à des contenus violents ou inadaptés à l’âge, mais aussi communication avec des inconnus.
Les nouvelles règles établissent deux catégories d’âge. Pour les moins de 13 ans, les plateformes devront interdire la création, l’activation ou la mise à disposition de comptes personnels indépendants. Pour les utilisateurs âgés de 13 à moins de 15 ans, la création de comptes pourra être autorisée, mais un mode sécurisé (Safe Mode) devra être activé automatiquement et obligatoirement. L’enfant ne pourra pas le désactiver individuellement tant qu’il appartiendra à cette tranche d’âge.Bas du formulaire
Elom LOKONON
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