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Entrepreneuriat au Bénin : Entre leadership et réalisations, Alida Ahouandjinou dévoile quelques clés de la crédibilité sur le marché

Distinguée à l’international par le prestigieux “Prix Awa” de l’agence Enabel, Alida Ahouandjinou incarne cette nouvelle génération de femmes leaders qui transforment le paysage économique béninois. Fondatrice de l’entreprise “Oyayi Sarl”, spécialisée dans la valorisation des plantes aromatiques et la santé intime, elle vient de passer le flambeau à la tête d’Awep Bénin (African Women’s Entrepreneurship Program). Dans cet entretien exclusif, l’Immédiate Past Présidente jette un regard lucide sur son mandat, analyse les défis de l’agro-cosmétique locale et nous livre ses secrets pour concilier leadership personnel et réussite commerciale.

Pouvez-vous présenter en quelques mots la femme entrepreneure que vous êtes et nous pitcher l’activité de votre structure ?

Je m’appelle Alida Ahouandjinou. Je suis une passionnée de la transformation des plantes aromatiques africaines, fondatrice de “Oyayi Sarl”, mais aussi fortement engagée pour tout ce qui est promotion de l’entrepreneuriat, autonomisation de la femme, et plaidoyer sur des questions qui peuvent améliorer l’écosystème entrepreneurial au Bénin.

Quel bilan global dressez-vous de votre mandat à la présidence d’Awep Bénin, et de quelle réalisation êtes-vous la plus fière ?

Lorsque l’on parle d’Awep, cela laisse entendre “Africa Women Entrepreneurship Programme”. C’est une Association de femmes entrepreneures qui sont dans 5 secteurs d’activité à savoir : les textiles, l’agroalimentaire, les cosmétiques, les services, et également les énergies renouvelables. Alors, vieilles déjà de plus de 10 ans, on peut dire qu’Awep est l’une des Associations féminines les plus dynamiques au Bénin. Et nous nous sommes démarquées, ces dernières années, par un programme dénommé Awe. Il s’agit de l’Académie des femmes entrepreneures, entendez “Academy for Women Entrepreneurs”. Et cette académie a vraiment accompagné des femmes entrepreneurs en leur apportant des ressources ressources techniques, telles que la formation du pitch, des relations avec l’écosystème entrepreneurial au Bénin, mais également la structuration de leurs projets. L’aspect communautaire est, en effet, ce qui me passionne en dehors de mon activité principale, qu’est l’entreprise.

En tant qu’Immédiate Past Présidente, de quelle manière comptez-vous continuer à accompagner la nouvelle équipe et les femmes du réseau ?

J’ai toujours tendance à dire que ce n’est qu’ensemble que nous sommes plus forts. Être Immédiate Past Présidente de l’Association Awep ne signifie pas pour moi sortie du réseau, mais c’est d’occuper une place de précurseur et de continuer à accompagner la nouvelle génération sur le point de vue de responsabilité d’un groupe de femmes entrepreneures. Et encore, je suis fière de voir que les femmes que nous accompagnons au quotidien sont en train de grandir. Et je peux rajouter qu’actuellement, j’accompagne plusieurs femmes à pouvoir accéder à un financement qui est actuellement en cours, le programme Rise dont j’ai été bénéficiaire. Donc c’était important pour moi de continuer à accompagner d’autres femmes, de les conseiller, de les soutenir et de partager les opportunités autant que possible.

On sait que le financement est le principal défi des entrepreneurs au Bénin. Quel bilan faites-vous de la situation actuelle ?

J’ai l’habitude de dire aux entrepreneurs que. Pour accéder au financement, il faut se préparer. C’est-à-dire qu’il important pour une entreprise de se préparer. Il faut faire une planification et se projeter dans un an ou deux ans, une période après laquelle l’on a besoin d’un financement. Et c’est à parti que là qu’il faut commencer par se préparer. Ce n’est pas au moment où l’on a besoin de financement qu’il faut commencer par courir dans tous les sens. Après constat de nos jours, l’on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de financement. Il y en a. Mais la difficulté des entrepreneurs réside au niveau des conditions pour accéder à ce financement et la plupart ne se préparent pas. Mais, ce qu’il faut souligner aussi est que, chaque entreprise a son type de financement. Lorsque nous prenons l’exemple des banques, c’est beaucoup plus structuré et les exigences dépendent d’une régulation qui est plus globale. En dehors de ce type de financement conventionnel, il y a d’autres sources qui existent à savoir : les appels à projets, les subventions internationales, les prêts et d’autres types de financement. Donc, tout dépend du projet, de la structuration, du niveau d’entreprise et des ambitions. Et tout ceci doit permettre à l’entrepreneur de définir le type de financement auquel il s’ouvre, qu’il va rechercher.

Quels sont les principaux freins que rencontrent encore les entrepreneures béninoises pour exporter leurs produits sur le marché international ?

La question de l’exportation est une question de casse-tête pour tous les entrepreneurs. Et si l’on doit faire un peu le diagnostic des freins liés à l’exportation, je vais les mettre en deux catégories. Il y a les freins internes et les freins externes qui ne dépendent même pas de l’entrepreneur. À l’interne, nous pouvons parler déjà du packaging, de la normalisation, de la logistique interne et de la capacité de production de l’entrepreneur. Même quand tout ceci est réuni, il y a des freins qui ne dépendent pas de l’entrepreneur. Et dans ce sens, nous pouvons parler de la régulation de chaque pays. Imaginez que quand je prends une certification au Bénin et que je vais exporter mon produit, par exemple au Sénégal ou en France, je dois encore prendre des certifications dans ces pays-là. Du coup, cela crée énormément de dépenses supplémentaires qui, au final, font que le produit revienne cher. Donc, nous allons parler des barrières douanières, de la logistique pour pouvoir transporter les produits vers les autres pays, du coût du transport, etc. C’est autant de difficultés que rencontrent l’entrepreneur. Et pour que tout ceci soit possible, il faut que l’entrepreneur ait déjà trouvé un partenaire qui est prêt à distribuer son produit. D’où le problème d’accès au marché et au financement.

Entrepreneuriat au Bénin : Entre leadership et réalisations, Alida Ahouandjinou dévoile quelques clés de la crédibilité sur le marché

Le “Prix Awa” d’Enabel a mis en lumière votre entreprise Oyayi Sarl. Quel impact concret cette distinction a-t-elle eu sur le développement de vos activités ?

Le “Prix Awa”, prix du roi belge, est un appel à projets qui a identifié des femmes africaines qui se démarquent par la qualité de leur projet et des produits qu’ils proposent. C’est un prix dont je suis particulièrement fière. En dehors de tous les prix que j’ai reçus, c’est un prix qui a permis de donner une certaine notoriété, crédibilité à mon entreprise, mais également un accès à un réseau auquel je n’avais pas forcément accès. Étant dans la production des huiles essentielles, j’ai un produit qui est plus consommé par des personnes de la diaspora. J’ai une clientèle cible assez spécifique. Et c’est l’aspect externe du prix Awa.

Mais ce prix est une subvention, un fonds qui a été mis en place et qui m’a permis d’aller persuader des marchés tels que le Canada, le Sénégal où j’ai participé aussi à des événements. Par cette opportunité, j’ai amélioré la digitalisation de mon entreprise et acquérir également du matériel pour permettre d’être plus performant. Aujourd’hui, je vais dire que je suis particulièrement fière du prix Awa parce qu’il m’a permis de sortir de ma zone de confort et de pouvoir me démarquer dans un écosystème entrepreneurial urbain.

Votre secteur, la transformation des plantes aromatiques et de la cosmétique intime, reste délicat. Comment parvenez-vous à briser les tabous et à rassurer les consommateurs sur la qualité de vos produits ?

“Oyayi” a un partenaire stratégique au Bénin. Il s’agit de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (Ccib). Et l’année dernière, nous étions parmi les entreprises à recevoir le prix “Gazelle”. C’est un prix qui est porté par la Chambre de Commerce, la Cdcb et Cadrico. La Chambre de Commerce a, en 2024, mis la lumière sur notre entreprise à travers leur activité dénommée “Entrepreneure en lumière”. J’en parle parce que la Ccib nous a accompagnés en 2023 à la certification de nos huiles essentielles. Et c’est ce qui nous rassure aujourd’hui et renforce la confiance des consommateurs sur nos produits.

Elle nous a accompagné et appuyé pour la certification d’au moins dix de nos huiles essentielles. Il s’agit entre autres de la basilique, de la citronnelle, du thé de Gambie, du laurier et autres. C’est l’une de nos réalisations dont nous sommes vraiment fiers car, cet accompagnement fait de nous la seule marque béninoise à avoir certifié ses huiles essentielles.

Vous insistez souvent sur le “leadership personnel” lors de vos interventions. Pourquoi cette notion est-elle, selon vous, la clé du succès pour un artisan ou un créateur de mode ?

Être chef d’entreprise sans leadership est la porte ouverte vers moins de performance, de crédibilité. Cette hégémonie ici ne s’applique pas seulement à ceux avec qui nous travaillons. Il est indispensable en tant que chef d’entreprise parce que nous en avons besoin pour pouvoir gérer nos entreprises. Aujourd’hui, je constate que j’ai une équipe dévouée et quand je ne suis absente, peu importe la durée, je ne m’inquiète pas parce que mon leadership a permis de rendre autonome mon équipe qui travaille comme cela se doit. Et le leadership ne s’applique pas seulement à l’équipe. Nous en avons besoin pour travailler avec différents partenaires et dans le domaine de l’entrepreneuriat, cela ne se négocie pas. Il s’impose à nous comme clé du succès.

Quel message fort souhaitez-vous adresser à la jeune fille béninoise qui hésite encore à se lancer dans l’entrepreneuriat vert ou la valorisation des ressources locales ?

Pendant des années, nous avons plébiscité l’entrepreneuriat dans un cadre qui n’était pas suffisamment structuré. Aujourd’hui, nous avons des institutions, une décision étatique forte ainsi que des opportunités. Alors pour la jeune fille qui a envie de se lancer dans l’entrepreneuriat, je dirais formation, mentorat et également opportunité. Voilà ce que je peux dire, en résumé. Mais si je devais détailler, je vais dire que l’entrepreneuriat ne s’improvise pas. Il a besoin de compétences. C’est pour cela qu’il est indispensable de se former, de se faire accompagner. Il est nécessaire d’avoir un réseau, d’appartenir à des associations, pour pouvoir accéder à des personnes ou à des ressources que l’on n’a pas et également de prendre le temps. La réussite a une question timing. C’est-à-dire, quand je prends une graine de maïs que je plante aujourd’hui, avant qu’on ne trouve le bourgeon sur terre, cela prend le temps qu’il faut. Dans l’entrepreneuriat, il n’y a pas de précipitation, mais il est possible de réussir à travers par-là. Donc à cette jeune femme qui lit cet entretien, je voudrais lui dire « détermination, vision, formation ». Oui, il est permis de rêver et l’on peut réussir à travers ses compétences et son réseau.

Propos recueillis par Julien Tohoundjo

Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com

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