À Agouna, dans la commune de Djidja, une coopérative agricole a transformé un partenariat avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) en un véritable levier de développement. Une réussite qui profite aujourd’hui autant aux producteurs qu’aux centaines d’élèves qui bénéficient chaque jour de classe, de repas scolaires plus nutritifs.
Aller à Agouna relève presque de la détermination. Dès les premières pluies, la route devient difficilement praticable, transformant chaque déplacement vers le village en un véritable défi. Pourtant, au cœur de cette localité rurale de la commune de Djidja, à quelques kilomètres seulement de Bohicon, une histoire inspirante prend racine depuis plusieurs années.
Au milieu des champs de basilic, d’amarante et de grande morelle ainsi que sa ferme avicole, la coopérative Elhamdoulilah s’est imposée comme l’un des acteurs les plus dynamiques du projet pilote de transferts monétaires (CBT), une innovation mise en œuvre dans le cadre de l’alimentation scolaire par le Programme Alimentaire Mondial. Grâce à cette initiative, la coopérative a retrouvé une stabilité économique durable, tandis que les écoles de la zone bénéficient désormais d’un approvisionnement régulier en produits frais issus de leur propre communauté.
Pour son fondateur, Soulé Mouraina Olayébi, le nom de la coopérative n’est pas un simple choix. En langue Arabe, « Elhamdoulilah » signifie « Je remercie Dieu ». Une expression qui résume parfaitement sa philosophie de vie. Quelles que soient les difficultés rencontrées, il préfère avancer plutôt que se plaindre.

Crédit photo : PAM
D’un rêve d’étudiant à une exploitation agricole prospère
Le parcours de Soulé est celui d’un homme qui a choisi de croire en ses convictions. Après l’obtention d’un baccalauréat scientifique avec mention, il poursuit ses études à l’École Polytechnique d’Abomey-Calavi en 2012. Boursier, il décide d’épargner l’intégralité de sa bourse pendant près de deux ans. À la fin de sa formation, alors que beaucoup de jeunes diplômés recherchaient un emploi salarié, il fait un choix audacieux : investir toutes ses économies dans l’acquisition de terres agricoles. Avec l’appui de son père, il achète quinze hectares de terre à Agouna. Mais, comme c’est souvent le cas dans l’entrepreneuriat agricole, le chemin vers la réussite est semé d’embûches.
En 2018, il lance une vaste production de manioc sur huit hectares. L’expérience se révèle décevante. Les coûts de transformation après la récolte absorbent l’essentiel des bénéfices et le projet doit être abandonné.
Loin de se décourager, Soulé persévère. Il travaille pour d’autres exploitants, économise progressivement ses revenus et les réinvestit dans sa propre ferme. Année après année, infrastructure après infrastructure, il bâtit une exploitation intégrée associant cultures vivrières, maraîchage biologique et production d’œufs de table. Aujourd’hui, l’élevage bovin figure également parmi ses projets d’expansion.
La rencontre qui a changé le destin de la coopérative
Le véritable tournant intervient en 2025 avec la mise en œuvre du pilote CBT dans les cantines scolaires soutenues par le PAM. Un jour, alors qu’il travaille sur son exploitation, Soulé reçoit un appel du chef du village. Une organisation recherche des producteurs capables d’approvisionner les écoles locales en légumes et en œufs dans le cadre du Projet intégré d’Alimentation et de Nutrition (PiASN), financé par le Royaume des Pays-Bas et mis en œuvre par le PAM et l’UNICEF. Au départ, il reste prudent. « J’avoue que sur le champ, je n’ai pas pris ça au sérieux. Je me disais que si cela aboutissait, ce serait une bonne chose. Dans le cas contraire, nous avions déjà nos circuits d’écoulement. » a-t-il ajouté
Quelques semaines plus tard, la coopérative est officiellement sélectionnée. En mai 2025, la première livraison est effectuée. « Nous étions un peu stressés. C’était la première fois que nous avions une responsabilité de cette importance. Mais tout s’est bien passé. ». Cette première livraison marque le début d’une nouvelle dynamique. Alors que les légumes occupaient auparavant une place relativement marginale dans les activités de la coopérative, ils deviennent désormais un pilier de sa production.
Depuis lors, Elhamdoulilah approvisionne régulièrement plusieurs écoles de Djidja en légumes frais et en œufs de table, contribuant ainsi à améliorer l’alimentation de centaines d’enfants.
Des résultats concrets pour les écoles et les producteurs
L’impact du partenariat est rapidement devenu visible. Chaque semaine, la coopérative livre 338 kilogrammes de légumes aux écoles d’Agouna A, B et C. À cela s’ajoutent 33 plateaux d’œufs, fournis par semaine en fonction des besoins des cantines scolaires. Ces livraisons génèrent environ 100 000 FCFA de revenus hebdomadaires, soit près de 3 millions de FCFA par an pour la seule vente des légumes. Avec deux à trois livraisons de légumes (en fonction des menus) et une livraison d’œufs par semaine pendant au moins trente-deux semaines de l’année scolaire, l’activité bénéficie désormais d’une régularité qui faisait auparavant défaut.

Crédit photo : PAM
Un marché stable qui change tout
Avant ce partenariat, la commercialisation des récoltes représentait l’une des principales préoccupations des membres de la coopérative. « On produisait et on ne trouvait pas de preneur pour toute la production. Même en réduisant le coût, c’était difficile d’écouler la totalité de la production. Mais avec l’arrivée du PAM, tout est rentré dans l’ordre. »
Cette garantie de débouché a profondément transformé le fonctionnement de l’exploitation. Désormais rassurés de pouvoir vendre leur production, les producteurs peuvent mieux planifier leurs activités et investir dans le développement de leur outil de travail.
De nouveaux bâtiments ont été construits. Des forages ont été réalisés. Un château d’eau a été installé afin de renforcer les capacités d’irrigation de la ferme. Une grande partie des revenus issus des ventes est systématiquement réinvestie pour améliorer la productivité et la durabilité de l’exploitation. « Le PAM est devenu notre priorité. C’est un marché sûr. Quand nous terminons de servir le PAM, nous servons ensuite les autres clients. »
Au-delà des infrastructures, les retombées se ressentent également dans le quotidien des membres de la coopérative. Mme Abayomi Ramatou, responsable du groupement de femmes, explique : « Avant, nous étions toujours stressés après les récoltes parce que nous ne savions pas si nous allions vendre. Aujourd’hui, nous travaillons avec plus de tranquillité. Nous savons qu’il existe déjà un acheteur pour notre production et cela nous permet de mieux subvenir aux besoins de nos familles. »
Des ambitions à la hauteur des résultats
Forte de cette dynamique, la coopérative prépare déjà l’avenir. En prévision de la rentrée scolaire 2026-2027, douze membres se sont engagés à développer chacun dix planches de cultures maraîchères. L’objectif est d’atteindre 120 planches de production afin de garantir un approvisionnement sans rupture pour les écoles partenaires. Parallèlement, Elhamdoulilah ambitionne de porter sa production à 200 plateaux d’œufs par jour, d’étendre ses superficies agricoles et de diversifier ses cultures avec l’introduction d’oranges, de citrons et de pastèques et bien d’autres….
Mais l’ambition de Soulé va encore plus loin. Il souhaite également former des jeunes déscolarisés et sans emploi de la région afin de créer une nouvelle génération de producteurs capables de prospérer à leur tour.
« C’est tout comme si le PAM a mis sur moi une lumière »
Pour Soulé, le partenariat avec le PAM représente bien davantage qu’un simple contrat commercial. La collaboration a renforcé la crédibilité de son exploitation. Pour preuve de cette reconnaissance, il a intégré les bordereaux de livraison du PAM à son dossier de candidature auprès du Fonds National de Développement Agricole (FNDA), démontrant ainsi sa capacité à travailler avec une institution de référence. Lorsqu’on lui demande ce qu’il ressent en voyant les légumes produits par sa coopérative servis dans les plats des enfants des écoles de sa propre région, sa réponse est immédiate et sincère : « C’est une grande joie pour moi. On produit, on vend, on nourrit nos enfants et on gagne de l’argent. C’est un plaisir. »
Dans cette partie de Djidja où les pistes deviennent presque impraticables pendant la saison des pluies, l’histoire d’Elhamdoulilah montre qu’avec de la persévérance, de l’organisation et des partenariats adaptés, l’agriculture locale peut devenir un puissant moteur de développement. Une réussite qui nourrit aujourd’hui les écoles, soutient les producteurs et ouvre de nouvelles perspectives pour toute une communauté.
Source : PAM
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