AccueilSecteursGenreBénin : médias et créateurs de contenus formés pour la dignité et...

Bénin : médias et créateurs de contenus formés pour la dignité et la justice menstruelle

EntreAbsentéisme scolaire, précarité financière, risques sanitaires et stigmatisation sociale les questions liées aux menstruations restent un sujet dont le silence a un coût humain, éducatif et économique. Pour briser le tabou et évoluer vers le débat public, une vingtaine de journalistes et créateurs de contenus ont participé, les 19 et 20 août 2026 à Cotonou, à un atelier consacré à la dignité et à la justice menstruelles.

La formation s’inscrit dans le cadre du projet « Médias engagés pour la santé, la dignité et la justice menstruelle », porté par le consortium « Règle-moi ça » et mis en œuvre par l’ONG Héroïne d’aujourd’hui. En effet, depuis novembre 2025, le consortium multiplie les actions autour de la santé et de la dignité menstruelles. Cette fois, il a été question de mieux former ceux qui produisent et diffusent l’information afin de déconstruire les tabous et de faire émerger un traitement plus rigoureux de cette réalité. « Des milliers de jeunes filles continuent de manquer des jours d’école chaque mois. Des femmes souffrent en silence, faute d’informations fiables et de moyens pour gérer leur menstruation », a souligné Yasmine K, cheffe de programme de l’ONG Héroïne d’aujourd’hui. Pour elle, la question dépasse largement la santé individuelle. Elle touche directement au maintien des filles à l’école, à l’accès aux produits d’hygiène, aux infrastructures sanitaires et au pouvoir d’achat des ménages. Autrement dit, la précarité menstruelle devient un enjeu de développement et de justice sociale.

Faire des médias un levier de changement

Le choix de cibler journalistes et acteurs du numérique vise à modifier le récit pour un changement de comportements et, à terme, peser sur les politiques publiques. « Vous détenez le pouvoir d’orienter l’opinion, de déconstruire les mythes et d’interpeller les décideurs publics », a déclaré la cheffe de programme de l’ONG Héroïne d’aujourd’hui aux participants. L’objectif de la formation était ainsi de fournir des données scientifiques, un vocabulaire approprié et de nouveaux angles éditoriaux pour traiter la santé, la dignité et la justice menstruelles avec davantage de rigueur.

Pour Emeline Hounkanrin, représentante du consortium « Règle-moi ça », les conséquences du tabou autour des menstrues ne peuvent plus être ignorées. Citant l’absentéisme et le décrochage scolaire des jeunes filles, les infections liées au manque de protections sûres, la précarité financière et la stigmatisation sociale qui constituent autant de manifestations d’un problème longtemps relégué au second plan, elle souligne que le consortium, qui porte l’initiative « 100 % unis pour la dignité », plaide notamment pour un accès universel, équitable et abordable aux produits d’hygiène menstruelle et à des infrastructures adaptées.

Le président de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB), Hervé Prudence Hessou, a appelé les journalistes à considérer le sujet à la hauteur de ses implications. « Traiter de la santé menstruelle n’est pas un sujet secondaire. C’est du journalisme d’utilité publique qui interroge la santé, l’éducation et la justice sociale », a-t-il affirmé. Même appel aux créateurs de contenus, dont la proximité avec les jeunes représente, selon lui, un levier majeur pour normaliser les discussions autour des règles et combattre les stéréotypes sur les plateformes numériques.

Le panel inaugural, organisé autour du thème « Menstruations, tabous et médias au Bénin », a permis de confronter les idées sur les représentations sociales des règles et sur la responsabilité des producteurs d’information. Informer autrement, choisir des mots justes et accorder une véritable place à la question menstruelle dans l’espace public : telle est la ligne défendue par ces assises. Les participants ont ensuite pris part à des ateliers consacrés aux approches éditoriales, au vocabulaire, à la déconstruction des fausses croyances et à la responsabilité sociale des médias, sous la conduite notamment de Axelle Say, représentante du Réseau des féministes du Bénin et de Zakiath Latoundji, ancienne présidente de l’UPMB. Au-delà d’une simple formation, l’enjeu est de faire des médias un acteur du changement. Car pour les promoteurs du projet, briser le silence sur les menstruations, c’est aussi réduire les inégalités qu’il entretient.

Félicienne HOUESSOU

Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -

Most Popular

Recent Comments