À l’occasion de la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement (AfCoDD VI) qui se tient dans la capitale Kenyane, des voix se sont levées ce mercredi 26 août 2026 pour plaider afin que la souveraineté financière du continent intègre pleinement la justice de genre. Les interventions estiment que les femmes paient une part disproportionnée du coût social des crises budgétaires sans disposer d’un poids équivalent dans les décisions politiques et financières.
La deuxième journée de cette rencontre, riche en échanges sur la réforme de l’architecture financière mondiale, la gouvernance internationale de la dette et la position commune africaine, a fait émerger une autre exigence. En effet, réécrire les règles financières sans corriger les déséquilibres de pouvoir au sein même des sociétés africaines risquerait de reproduire les mêmes exclusions. Pour plusieurs intervenantes, la crise de la dette n’est pas neutre. Elle frappe plus durement les femmes, déjà confrontées à des inégalités d’accès aux ressources, aux services publics et aux centres de décision.
La parlementaire sud-africaine Khanyisile Litchfield-Tshabalala a ainsi directement interpellé la domination masculine dans les sphères politiques et économiques. « Qu’est-ce qu’il faudra aux hommes africains pour réaliser que les femmes africaines sont des leaders légitimes dans leur pays ? », a-t-elle interrogé. Selon son argument à la fois politique et économique, sans représentation des femmes dans les parlements et les institutions, leur présence dans les négociations financières, les contrats et les grands arbitrages économiques restera marginale. Elle a également dénoncé la persistance de systèmes de domination que les sociétés africaines continuent, selon elle, de reproduire. « Si nous voulons changer les choses, nous devons aussi voter pour des personnes qui ont véritablement décolonisé leur pensée et qui ne reproduisent pas simplement les mêmes systèmes de domination », a-t-elle affirmé, appelant également à mettre fin à la stigmatisation et à l’instrumentalisation des femmes dans les institutions publiques.

Memory Kachambwa, directrice exécutive du Réseau de développement et de communication des femmes africaines (FEMNET), a rappelé la dimension concrète de la crise. Derrière les statistiques sur l’endettement se trouvent des systèmes de santé défaillants, des infrastructures insuffisantes et des inégalités économiques dont les femmes supportent une part disproportionnée.
Lorsque les États réduisent leurs dépenses ou peinent à financer les services essentiels, une grande partie des conséquences est transférée vers les ménages, et souvent vers les femmes qui subissent déjà les inégalités liées au travail de soin et aux tâches domestiques.

Pour Chenai Mukumba, directrice exécutive du Tax Justice Network Africa (TJNA), la justice de genre ne doit donc pas être traitée comme un appendice des discussions sur la dette et la souveraineté économique. « Le travail visant à intégrer le mouvement féministe ne doit jamais être considéré comme un simple complément, mais comme un principe fondamental », a-t-elle souligné. « Ce sont souvent les femmes qui doivent porter le poids du fardeau. »
La bataille pour une architecture financière africaine plus équitable ne pourra être gagnée uniquement par la renégociation de la dette ou la mobilisation de nouveaux financements. Elle suppose aussi de transformer la manière dont les décisions sont prises et ceux qui participent à leur élaboration. Pour les participants, une souveraineté financière qui laisserait les femmes en marge des parlements, des négociations, de la gouvernance économique et des bénéfices du développement resterait incomplète. La justice de genre s’impose donc comme l’un des nouveaux fronts de la lutte contre la dépendance financière du continent.

Nairobi, Félicienne HOUESSOU
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