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Révolution verte en Afrique : l’AFSA dresse un bilan critique de vingt ans de l’AGRA

Vingt ans après son lancement, le bilan de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) est mis en cause. Selon un communiqué de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), la faim a fortement progressé depuis 2006 dans les zones d’intervention de l’AGRA. L’AFSA s’appuie sur deux rapports publiés ce mois d’août. Leurs conclusions contredisent ouvertement le bilan positif affiché par l’organisation pour ses deux décennies d’existence.

Alors que l’AGRA célèbre son 20e anniversaire, l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) et le chercheur américain Timothy A. Wise mettent en avant des résultats qu’ils jugent préoccupants.

Dans un communiqué de presse publié le 17 août dernier, l’AFSA affirme que le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays ciblés par l’AGRA a augmenté de 58 % depuis 2006, un chiffre nettement supérieur aux 31 % d’augmentation relevés lors d’une précédente évaluation réalisée en 2020. L’organisation rappelle que l’un des objectifs affichés par l’AGRA, financée notamment par la Fondation Gates, visait pourtant une réduction de moitié de la faim dans ces pays.

Davantage d’engrais, mais une progression des rendements ralentie

Les auteurs des deux rapports estiment également que la croissance des rendements des principales cultures a ralenti depuis la création de l’AGRA, en comparaison avec les douze années précédentes.

Cette évolution intervient alors que l’utilisation des engrais a plus que doublé dans la région, selon les données citées dans le communiqué. Une partie de l’augmentation de la production alimentaire ne serait donc pas liée à une amélioration des rendements, mais à l’extension des superficies cultivées.

Les surfaces agricoles ont ainsi progressé de 46 % depuis 2006, une évolution que les auteurs présentent comme contraire à l’objectif d’« intensification durable » associé au modèle de la Révolution verte.

Hors du giron de l’AGRA, le Sénégal réussit

Le communiqué relève que le Sénégal, qui n’a jamais fait partie des pays soutenus par l’AGRA, est parvenu à réduire de moitié la faim sur la même période, soit précisément l’objectif que l’Alliance s’était fixé pour ses pays cibles.

En Zambie, Mutinta Nketani, coordinatrice nationale de l’Alliance zambienne pour l’agroécologie et la biodiversité, estime que les politiques alignées sur le modèle de l’AGRA n’ont pas produit les résultats attendus. Elle affirme que, malgré les milliards investis, les agriculteurs sont devenus « plus affamés et plus endettés ».

Face à ce constat, l’AFSA défend l’agroécologie comme une alternative. Son coordinateur général, Million Belay, affirme que des agriculteurs africains mettent déjà en œuvre cette approche en régénérant leurs sols, en protégeant leurs semences, en diversifiant leurs exploitations et en réduisant leur dépendance aux intrants extérieurs coûteux.

Deux rapports au cœur de la controverse

Au cœur de la controverse, deux rapports : le premier document, signé par Timothy A. Wise, chercheur senior à l’Institut pour le développement mondial et l’environnement de l’université Tufts (États-Unis), a été publié le 17 août sous le titre « Requiem pour la Révolution verte en Afrique ». 

Disponible depuis le 24 août, le second rapport est intitulé « La révolution verte a échoué en Afrique : vingt ans de données et ce qui fonctionne à la place ». Il est porté par l’AFSA qui est présentée dans le communiqué comme le plus grand mouvement de la société civile africaine, regroupant agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, peuples autochtones et mouvements de femmes dans une cinquantaine de pays.

Flore Nobime

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