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AfCoDD 2026 : Sansan Hien propose deux grands piliers pour sortir durablement du piège de la dette

L’Afrique ne sortira pas du piège de la dette en empruntant simplement à de meilleures conditions. Pour Sansan Hien, représentant du ministre ivoirien de l’Économie et des Finances au lancement de l’édition 2026 de la Conférence africaine sur la dette et le développement (AfCoDD), la réponse repose sur deux fronts : réformer un système financier mondial jugé défavorable au continent et bâtir, en parallèle, une véritable architecture financière africaine capable de réduire sa dépendance aux financements extérieurs.

Le diagnostic, présenté lors des débats sur la dette et le développement en Afrique, place ainsi la souveraineté financière au cœur de la stratégie de sortie de crise. Car si le premier pilier dépend largement des grandes puissances financières et des créanciers internationaux, le second relève d’abord de la capacité des États africains à transformer leurs ambitions politiques en institutions et instruments opérationnels. Selon les explications de Sansan Hien, la réforme de l’architecture financière mondiale passe par des mécanismes de restructuration de dette plus efficaces, une réforme du Cadre commun, une révision des méthodologies des agences de notation et la création d’une convention-cadre des Nations unies sur la dette souveraine. S’y ajoutent une meilleure allocation des droits de tirage spéciaux et une participation plus structurée des créanciers privés, devenus des acteurs majeurs du financement des économies africaines. Toutefois, ce chantier échappe largement au contrôle direct du continent. « L’Afrique ne maîtrise pas seule ‘’le calendrier’’ ni les décisions », a souligné Sansan Hien, relevant que les réformes dépendent en grande partie des créanciers ainsi que des partenaires bilatéraux et multilatéraux.

Cette asymétrie nourrit la nécessité de renforcer la capacité de négociation collective du continent. Barbara Kalima-Phiri, présidente du Conseil d’administration d’AFRODAD, estime que le débat doit désormais dépasser le simple diagnostic de la crise. La question centrale, selon elle, est de savoir comment transformer les ressources démographiques, économiques et stratégiques de l’Afrique en une puissance collective organisée. Le continent dispose déjà d’un poids considérable, mais celui-ci reste insuffisamment structuré pour peser efficacement sur les règles financières internationales. L’Afrique n’a donc pas seulement besoin de nouvelles réformes, insiste-t-elle. Elle doit organiser sa capacité de négociation et convertir ses positions politiques en instruments opérationnels afin de défendre une position commune forte et de négocier collectivement son avenir financier.

AfCoDD 2026 : Sansan Hien propose deux grands piliers pour sortir durablement du piège de la dette

Bâtir la souveraineté financière africaine

Le second facteur, considéré par Sansan Hien comme le cœur de la souveraineté financière africaine, porte sur la construction d’une architecture continentale robuste. Il prévoit notamment la mise en place effective des institutions financières de l’Union africaine, parmi lesquelles l’Institut monétaire africain et le Mécanisme africain de stabilité financière. Cette architecture devrait également s’appuyer sur un renforcement de la mobilisation des ressources intérieures, le développement des marchés obligataires en monnaie locale et la création d’instruments innovants, notamment les obligations vertes. La mobilisation de l’épargne de la diaspora et l’accès aux financements liés aux engagements climatiques complètent cette stratégie.

Contrairement aux réformes mondiales, ce chantier est, à en croire Sansan Hien, largement entre les mains des Africains. Il est plus difficile à mettre en œuvre, reconnaît l’autorité, mais il constitue aussi l’espace où le continent dispose de la plus grande marge de manœuvre. Il plaide ainsi pour une collaboration approfondie entre l’Union africaine et la Banque africaine de développement. À l’Union africaine reviendrait le leadership politique, tandis que la BAD assurerait l’accompagnement technique et financier nécessaire à la création et à l’opérationnalisation des institutions envisagées. La banque continentale pourrait également intégrer ces projets dans ses stratégies d’appui aux États et aux communautés économiques régionales, avec des financements liés à des étapes précises de mise en œuvre.

Pour Diana Gichengo, directrice exécutive de l’Institut pour la responsabilité sociale (TISA), cette transformation doit aussi conduire à revoir la manière même dont le risque africain et la soutenabilité de la dette sont évalués. Par ailleurs, estime-t-elle, la soutenabilité ne devrait pas être réduite à la seule capacité d’un État à honorer ses échéances. Elle doit également être évaluée à travers la capacité des populations à vivre dans la dignité et à accéder aux services fondamentaux. Cette approche replace la dimension sociale au centre du débat financier. Un pays peut respecter ses échéances tout en comprimant ses dépenses de santé, d’éducation ou de protection sociale. Une telle trajectoire peut satisfaire les créanciers à court terme sans pour autant produire un développement soutenable.

À l’horizon 2050, rappelle Diana Gichengo, l’Afrique représentera une part majeure de la population mondiale, portée par une population jeune et dynamique. Associée à ses immenses ressources naturelles et énergétiques, cette démographie représente un potentiel économique considérable. Mais ce potentiel ne se transformera pas automatiquement en prospérité. Le continent doit remettre en question les hypothèses qui sous-tendent l’évaluation du risque africain, revoir les cadres mondiaux de financement et construire des institutions adaptées à ses réalités régionales. L’ambition, selon elle, est de faire émerger des solutions africaines répondant aux besoins du continent tout en proposant un nouveau modèle de coopération et de prospérité partagée.

Produire, taxer et investir pour rembourser

Pour Sansan Hien, la réforme de l’architecture financière ne suffira pas sans une amélioration profonde de la gestion économique et financière des États. Il souligne que chaque ressource empruntée doit être orientée vers des investissements productifs capables de générer de la croissance et de renforcer la capacité future de remboursement. L’endettement devient soutenable lorsque le capital mobilisé accroît durablement la richesse nationale. Dans cette équation, la sécurité alimentaire et l’industrialisation occupent une place centrale. Produire davantage, réduire la dépendance aux importations et développer des chaînes de valeur locales constituent des fondements essentiels de la fiabilité économique des États et, par conséquent, de la soutenabilité de leur dette.

La mobilisation des ressources intérieures doit également devenir une priorité stratégique. « La solution durable au problème de la dette ne réside pas uniquement dans davantage d’emprunts ou dans des financements moins coûteux », défend Sansan Hien. Elle passe par l’élargissement de l’assiette fiscale, la réduction des pertes de recettes, la modernisation des administrations fiscales, la formalisation des activités économiques et le renforcement de l’appareil productif national. Le chantier est politiquement sensible. Les citoyens réclament davantage de routes, d’électricité, de services publics et de budgets sociaux, mais toute discussion sur l’augmentation des recettes fait rapidement basculer le débat vers la pression fiscale.

Les parlementaires disposent ici, selon Sansan Hien, de trois leviers décisifs : la législation, le contrôle de l’exécutif et la mobilisation de l’opinion publique. Leur rôle ne consiste donc pas seulement à voter les budgets, mais à participer à la construction de systèmes fiscaux et financiers capables de créer des opportunités pour les générations futures. A cet effet, Janet Zhou, directrice exécutive d’AFRODAD appelle les pays à adopter des résolutions renouvelées. Pour elle, le continent doit désormais participer à l’écriture de nouvelles règles, plutôt que de continuer à s’adapter à des mécanismes conçus sans tenir suffisamment compte de ses réalités.

Nairobi, Félicienne HOUESSOU

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