Le Nigéria veut transformer l’égalité entre les femmes et les hommes en levier de croissance économique. Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le gouvernement fédéral et ONU Femmes ont lancé une nouvelle feuille de route visant à accélérer les progrès du pays en matière de parité d’ici à 2030, avec en ligne de mire un potentiel économique estimé à plusieurs points de produit intérieur brut.
Dévoilé le 24 juin à Abuja, le « Profil de genre et la Feuille de route vers l’égalité à l’horizon 2030 du Nigéria » dresse un état des lieux des disparités entre les femmes et les hommes et propose un cadre d’action destiné à mieux orienter les politiques publiques et les financements. Le document mise notamment sur l’amélioration des données, le renforcement des institutions et la définition de priorités nationales mesurables.
Pour la BAD, l’enjeu est autant social qu’économique. « Le comblement des inégalités entre les genres pourrait générer entre 2 et 3% de PIB par an », a déclaré Abdul B. Kamara, vice-président par intérim de la Banque chargé du Développement régional, de l’Intégration et de la Prestation de services, et directeur général du département pays du Nigéria. Dans une économie confrontée à d’importants défis de croissance et d’emploi, l’intégration accrue des femmes dans l’activité productive apparaît ainsi comme une source potentielle de richesse encore largement sous-exploitée.
La feuille de route identifie huit domaines prioritaires, parmi lesquels la réforme institutionnelle, l’accès au financement, l’éducation, l’autonomisation économique, le leadership, la santé et l’évolution des normes sociales. L’objectif est de passer d’une logique de diagnostic à une stratégie opérationnelle capable de mesurer les progrès réalisés jusqu’en 2030.
La ministre nigériane des Affaires féminines et du Développement social, Imaan Sulaiman-Ibrahim, a défendu une approche faisant de l’égalité des genres un investissement économique plutôt qu’une politique sociale périphérique. Selon elle, l’accès accru des femmes et des filles à l’éducation, au financement, aux responsabilités et à la sécurité doit contribuer à renforcer la stabilité des ménages, la résilience des communautés et la croissance.
Le financement constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. La BAD a notamment approuvé en 2026 une facilité de 200 millions de dollars en faveur de la Bank of Industry et un paquet financier de 61 millions de dollars destiné à la Development Bank of Nigeria. Ces deux opérations doivent contribuer à élargir l’accès au crédit pour les entreprises dirigées par des femmes, dans le cadre notamment de l’initiative AFAWA (« Affirmative Finance Action for Women in Africa »).
La Banque soutient également le programme « Investment in Digital and Creative Enterprises », doté de 618 millions de dollars et porté par le gouvernement fédéral avec plusieurs partenaires. Le dispositif cible les jeunes entrepreneurs et accorde une attention particulière à la participation des femmes dans les secteurs numériques et créatifs, considérés comme des relais de croissance et de création d’emplois.
Pour la BAD, le financement ne suffira toutefois pas à lui seul. L’institution veut également agir sur les infrastructures, les compétences, les politiques publiques et les institutions afin de lever les obstacles qui limitent la participation des femmes à l’économie. Le Nigéria est ainsi devenu le premier pays membre régional de la Banque à placer l’égalité des genres au cœur de sa stratégie pays, qui encadre ses opérations et investissements nationaux.
Élaborée avec la participation du gouvernement, des partenaires au développement, de la société civile et du secteur privé, la feuille de route doit désormais passer l’épreuve de l’exécution. Maria José Moreno Ruiz, responsable du genre à la BAD et coordinatrice du processus, souligne que le document doit permettre de mieux cibler les financements et de suivre les résultats dans le temps.
Le défi sera donc de transformer les engagements en indicateurs concrets : davantage de femmes financées, plus d’entreprises féminines capables de croître, une meilleure représentation dans les instances de décision et un accès élargi à l’éducation et à l’emploi. Pour le pays le plus peuplé d’Afrique, l’enjeu est financier autant que démographique : convertir une réduction des inégalités en gains de productivité et en croissance durable pourrait devenir l’un des principaux moteurs de son potentiel économique à l’horizon 2030.
Dossou AFFAMA
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