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Bénin : seules 3,9 % des entreprises dirigées par des femmes ont accès au financement

Au Bénin, seulement 3,9 % des femmes entrepreneures ont accès au financement bancaire, selon le rapport Women, Business and Law (WBL) 2026. Bien qu’il existe des lois visant à garantir l’égalité des chances économiques pour les femmes, cela ne s’est pas transformé en un meilleur accès au financement.

Le paysage économique béninois est majoritairement féminin. Pourtant, ce dynamisme fait face à une barrière systémique. Selon le rapport SNIF 2023-2027, les femmes ont 45 % plus de chances d’être exclues du système financier  formel, ce qui fait de l’accès au financement l’un des principaux obstacles à la participation économique des femmes. Par exemple, seulement 3,9 % des entreprises détenues par des femmes dans le pays ont accès à un prêt bancaire, tandis que les 96,1 % restants sont exclus du système financier formel.

L’écart d’inclusion financière au Bénin reflète les écarts mondiaux, alors que les femmes entrepreneures font face à un déficit de financement estimé à 1,5 billion de dollars. L’écart s’élargit à 1,9 billion de dollars, soit plus de 7 % du PIB mondial, en tenant compte des micro, petites et moyennes entreprises (PME).

Les données reflètent une réalité amère : si l’égalité est souvent inscrite dans la loi, celle-ci ne change pas grand-chose à la réalité des femmes entrepreneurs. Comme le souligne Indermit Gill, économiste en chef et vice-présidente principale du Groupe d’économie du développement du Groupe de la Banque mondiale, sur le papier, la plupart des pays affichent des résultats satisfaisants, avec une note moyenne mondiale de 67 sur 100 en matière d’adoption de lois favorisant l’égalité économique entre les femmes et les hommes. Mais «lorsqu’il s’agit de faire respecter ces lois, la note moyenne tombe à 53. Et elle chute à 47 lorsqu’il s’agit de mettre en place les systèmes nécessaires à l’exercice de ces droits. Ces chiffres mettent en évidence des inégalités flagrantes en matière d’opportunités, et les conclusions du rapport fournissent aux décideurs politiques des informations clés pour enrayer le déclin du potentiel de croissance des économies en développement», note-t-il.

Au-delà des chiffres, ces lacunes ont un impact considérable sur la vie des femmes entrepreneurs au Bénin, entraînant des parcours entrepreneuriaux bloqués, des ambitions étouffées et un potentiel économique sous-exploité. Mariam Affama, productrice de jus de fruits à Porto-Novo, n’a pas réussi à développer son activité. « Depuis cinq ans, je transforme les produits de notre terre. Aujourd’hui, j’ai la demande. Mais je suis bloquée », dit-elle. Elle poursuit : « Dès que je mets les pieds dans une banque, on me demande des garanties immobilières que je n’ai pas… ou des taux d’intérêt qui étoufferaient mon entreprise. »

Les difficultés rencontrées par les femmes entrepreneurs béninoises pour accéder au financement constituent un obstacle à la croissance, exacerbé par des contraintes structurelles telles que le manque de capacités de gestion, un accès limité aux marchés, la discrimination en matière de propriété foncière et la vulnérabilité au changement climatique. Selon les données de la base de données Global Findex 2025 de la Banque mondiale, les hommes sont 3 % plus susceptibles d’emprunter et 6 % plus susceptibles d’épargner pour développer une entreprise que les femmes. Cet écart se creuse encore davantage en Afrique subsaharienne, où moins de 40 % des femmes possèdent un compte bancaire. À l’échelle mondiale, 55 % des adultes non bancarisés sont des femmes, ce qui représente environ 700 millions de personnes n’ayant pas accès aux services financiers.

Au Bénin, la situation est aggravée par une transition difficile des systèmes financiers décentralisés (SFD) vers les banques traditionnelles. Laurent Gangbès, directeur exécutif de l’Agence pour le développement des petites et moyennes entreprises (ADPME), souligne que si les femmes «représentent 49 % des clients des SFD, elles ne représentent que moins de 25 % du volume total des prêts». À cela s’ajoutent des conditions de crédit moins favorables, des exigences élevées en matière de garanties et des préjugés persistants.

Faute de capitaux à investir, les entreprises dirigées par des femmes restent cantonnées dans le secteur informel et sont exposées à la fragilité. Les opportunités de développement restent largement inaccessibles aux entreprises dirigées par des femmes : par exemple, seules 25,8 % des PME dirigées par des femmes ont accès aux marchés publics, ce qui constitue une occasion manquée puisque les marchés publics représentent entre 10 et 20 % du PIB dans de nombreux pays.

De graves conséquences économiques

Le manque d’accès au financement affecte l’ensemble du tissu économique. Selon le Global Indicators Group, l’exclusion des femmes de l’écosystème entrepreneurial prive les économies d’importantes opportunités en matière d’innovation, d’emploi et de croissance. «Lorsque les femmes ne peuvent pas participer pleinement à l’écosystème entrepreneurial, les économies passent à côté de contributions potentielles», souligne le rapport.

Au Bénin, cette réalité se traduit par un taux élevé de faillites d’entreprises. «Le taux de survie des nouvelles entreprises est estimé à seulement 20 % », note Laurent Gangbès. Ce chiffre illustre la fragilité des entreprises dirigées par des femmes, qui sont souvent sous-capitalisées et vulnérables aux chocs.

Comme le souligne Mariam Affama, « nous avons l’expertise, nous avons le marché, mais le système financier semble avoir oublié que les petites transformatrices africaines sont le poumon de l’économie ».

Vers une transformation durable du paysage entrepreneurial

Face à la réticence des banques commerciales à accorder des prêts, les subventions publiques et les programmes de soutien constituent une bouée de sauvetage. Des organismes tels que l’Agence nationale pour les petites et moyennes entreprises (ANPME) et le programme ProCAD ont permis à des femmes entrepreneurs de franchir des étapes décisives. Aminatou Bagoudou, fondatrice d’Al Fani Sarl, témoigne de ce soutien essentiel : « Grâce à ProCAD, Al Fani Sarl a pu acquérir une mini-chaîne d’embouteillage, des rinceuses et des capsuleuses. » Elle ajoute que l’ANPME « a subventionné des stands pour permettre à l’entreprise de participer à des salons professionnels », facilitant ainsi l’accès au marché.

Cependant, la solution ne peut reposer uniquement sur des aides ponctuelles. Une réforme en profondeur de l’écosystème est nécessaire. Le rapport du WBL suggère que « les pouvoirs publics doivent investir dans des cadres de soutien et veiller à l’application rigoureuse des lois afin que l’égalité des droits se traduise par l’égalité des chances dans la pratique ». Cela inclut la mise en œuvre de stratégies nationales visant à promouvoir l’entrepreneuriat féminin et la publication de données anonymisées ventilées par sexe afin de mieux cibler les interventions. Ces mesures sont nécessaires pour garantir que l’égalité des droits se traduise concrètement par l’égalité des chances pour les femmes.

Le projet WEDAF (Développement de l’entrepreneuriat féminin et accès au financement) constitue l’une de ces initiatives destinées aux femmes entrepreneurs au Bénin. L’un des volets de ce programme vise à mettre en place des émissions d’obligations liées au développement durable, en introduisant un instrument financier innovant destiné à renforcer la capacité de financement de la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin (CDC Bénin) et à soutenir les MPME dirigées par des femmes.

Selon le directeur général de l’ADPME, ces obligations liées au développement durable (SLB) seront émises en monnaie locale, pour un montant maximal de 30 millions de dollars, sur une durée de 5 ans, avec une garantie partielle en espèces de l’IDA (jusqu’à 10 millions de dollars). Cette approche vient compléter les autres instruments du projet, tels que la ligne de crédit (LoC) et le guichet dédié aux femmes entrepreneurs du Fonds d’investissement et de garantie des petites et moyennes entreprises du Bénin (FIGPME). Son approche hybride vise à lever les contraintes structurelles qui entravent l’inclusion financière des femmes.

Félicienne HOUESSOU

Cet article WanaData a été soutenu par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD). 

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