Le combat pour la souveraineté fiscale et la mobilisation des ressources intérieures en Afrique de l’Ouest franchit une nouvelle étape. Réunis à Abuja, les parlementaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, les administrations fiscales régionales et plusieurs experts internationaux ont plaidé pour une accélération des réformes fiscales et un renforcement de la lutte contre les flux financiers illicites (FFI), considérés comme l’un des principaux freins au financement du développement dans la région.
Organisée le 11 mai 2026 par le Forum des Administrations Fiscales Ouest Africaines (FAFOA) en partenariat avec Tax Justice Network Africa, la Session Parlementaire de Haut Niveau sur la Fiscalité s’est tenue au Centre international de conférences d’Abuja, dans le cadre de la Première Session Ordinaire 2026 de la Sixième Législature du Parlement de la CEDEAO.
La rencontre a réuni parlementaires, responsables des administrations fiscales, experts techniques, partenaires au développement et représentants d’institutions régionales autour d’un objectif commun : renforcer la gouvernance fiscale régionale afin de réduire la dépendance à l’endettement extérieur et améliorer le financement des priorités de développement.
Une souveraineté fiscale devenue enjeu stratégique
À l’ouverture des travaux, le Responsable de la Communication et des Technologies de l’Information du FAFOA, Danicius Kaihenneh Sengbeh, intervenant au nom du Secrétaire Exécutif du FAFOA, Jules Tapsoba, a insisté sur la portée stratégique des débats.
Selon lui, les enjeux fiscaux dépassent désormais le simple cadre budgétaire pour toucher à « la souveraineté, l’équité, la redevabilité et l’avenir » des peuples ouest-africains.
Les participants ont souligné que les États de la région font face à des besoins croissants de financement dans des secteurs clés tels que les infrastructures, la santé, l’éducation, la sécurité, la résilience climatique ou encore l’emploi des jeunes. Dans le même temps, les flux financiers illicites, les systèmes fiscaux fragmentés et les faiblesses en matière de transparence continuent d’éroder les capacités de mobilisation des recettes publiques.
Pour les experts présents, la question fiscale est désormais au cœur de la souveraineté économique africaine. Les administrations fiscales ne sont plus perçues uniquement comme des instruments de collecte des recettes, mais comme des leviers de construction nationale, de justice économique et de consolidation de la confiance publique.

Le défi de la mise en œuvre des réformes régionales
La Responsable de la Recherche du FAFOA, Sidnoma Nita, a pour sa part insisté sur la nécessité de passer des engagements politiques à leur application concrète dans les États membres.
Selon elle, l’Afrique de l’Ouest dispose déjà de plusieurs directives fiscales et cadres de transparence adoptés au niveau communautaire. Le principal défi réside désormais dans leur opérationnalisation effective au sein des législations nationales.
La session a ainsi porté sur plusieurs thématiques structurantes : harmonisation de la TVA, prix de transfert, fiscalité numérique, transparence des bénéficiaires effectifs, échange d’informations fiscales, gouvernance du secteur extractif et financement du développement durable.
Des présentations techniques ont été animées par plusieurs experts du FAFOA et de TJNA, notamment Jonas Igwe sur l’opérationnalisation des directives fiscales de la CEDEAO, Zandile Ndebele sur les mécanismes de lutte contre les flux financiers illicites, ainsi que John Thomi sur la fiscalité extractive et le financement du développement durable.
Les flux financiers illicites au cœur des préoccupations
Les échanges ont particulièrement mis l’accent sur les pertes massives subies par le continent africain à travers les flux financiers illicites, notamment dans les industries extractives.
Les experts ont rappelé que des milliards de dollars quittent chaque année l’Afrique via l’évasion fiscale, les manipulations de prix de transfert, les circuits financiers opaques ou encore les failles réglementaires. Des ressources qui pourraient pourtant financer les infrastructures, les systèmes de santé ou les programmes éducatifs.
Les discussions ont également permis de présenter l’outil de suivi des politiques anti-FFI développé conjointement par la Commission de l’Union africaine et TJNA. Déjà expérimenté dans plusieurs pays de la CEDEAO, dont la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Liberia, cet outil vise à évaluer l’efficacité des mécanismes juridiques, institutionnels et de coordination interinstitutionnelle mis en place pour lutter contre les flux illicites.
Les parlementaires présents ont activement participé aux débats, exprimant leurs préoccupations sur des sujets variés tels que la fiscalité des multinationales, la taxation du secteur informel, la gouvernance des industries extractives, le commerce transfrontalier ou encore l’intégration de l’intelligence artificielle dans les administrations fiscales.

Vers une coopération fiscale régionale renforcée
À la clôture de la session, le Quatrième Vice-Président du Parlement de la CEDEAO, Billay G. Tunkara, a appelé les États membres à élargir leur assiette fiscale et à réduire leur dépendance à l’aide extérieure et à l’endettement.
Il a également exhorté les pays de la région à renforcer l’intégration fiscale régionale, à ratifier les directives communautaires existantes et à soutenir des réformes coordonnées favorisant des économies plus résilientes et autosuffisantes.
Pour les experts réunis à Abuja, la modernisation des administrations fiscales, l’utilisation accrue des technologies, le partage d’informations et le renforcement des mécanismes de transparence constituent désormais des leviers incontournables pour améliorer durablement la mobilisation des ressources intérieures en Afrique de l’Ouest.
À travers cette session parlementaire, le FAFOA réaffirme ainsi son ambition de faire de la coopération fiscale régionale un pilier central de la transformation économique ouest-africaine.
Félicienne HOUESSOU
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