Réunis à Addis-Abeba pour le 9ᵉ Forum des affaires africaines, des chefs d’État, dirigeants d’entreprises et jeunes entrepreneurs ont lancé un appel pressant à un investissement accru dans la transformation structurelle du continent. Organisé par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) à l’emblématique Africa Hall, l’événement s’est ouvert sous le thème « Financer l’avenir de l’Afrique », dans un contexte mondial marqué par un ralentissement économique, des chocs climatiques, une dette croissante et des chaînes d’approvisionnement instables.
Le président éthiopien Taye Atske Selassie a mis en avant l’expérience de son pays en matière de création d’emplois via les startups et l’innovation. Il a plaidé pour une transformation agricole accélérée, un soutien renforcé aux initiatives portées par les jeunes et les femmes, ainsi qu’une intégration plus rapide dans la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA). « La transformation doit être visible dans les usines, les fermes, les plateformes numériques et les industries créatives », a-t-il insisté.
Le vice-Premier ministre somalien Salah Ahmed Jama a, pour sa part, souligné les réformes engagées dans son pays, notamment la mise en place d’un système national d’identification, des politiques éducatives et industrielles ambitieuses et le développement des chaînes de valeur de l’élevage et de la pêche, qui contribuent à 7 % de l’économie nationale.
L’Afrique, prochaine frontière de croissance ?
Le secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, a rappelé que le capital mondial devient plus sélectif. « La question n’est pas de savoir si le capital existe, mais où émergeront les prochains moteurs de croissance mondiale », a-t-il déclaré. Avec la population la plus jeune du monde, une urbanisation rapide et une adoption accélérée du numérique, l’Afrique représente un marché intégré de plus de 1,5 milliard de personnes grâce à l’AfCFTA.
Des exemples concrets illustrent cette mutation : transformation du cacao en Côte d’Ivoire, chaîne de valeur automobile intégrée au Maroc, essor des paiements numériques en Éthiopie. Pour Gatete, le défi est d’absorber les millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail : sans emplois productifs, le risque d’instabilité pourrait dépasser les frontières du continent.
La présidente-directrice générale de Africa Finance Corporation, Samaila Zubairu, a appelé à transformer les ressources minérales en valeur ajoutée créatrice d’emplois. Elle a exhorté les gouvernements à aller au-delà des engagements déclaratifs pour adopter des objectifs mesurables en matière de croissance durable.
Le Forum entend mobiliser des capitaux à grande échelle, avec des outils de suivi des engagements tels qu’un « mur de l’emploi » dédié aux jeunes. Parmi les priorités stratégiques avancées : renforcer la mobilisation du capital domestique via des systèmes fiscaux numérisés, améliorer la crédibilité des marchés de capitaux africains, mettre pleinement en œuvre l’AfCFTA et investir massivement dans l’innovation, les compétences et les données.
« Le coût d’opportunité de ne pas investir en Afrique dépassera bientôt le risque perçu », a averti Gatete, appelant à traduire les engagements du Forum en résultats concrets pour l’emploi, l’industrialisation et la transition verte du continent.
Elom LOKONON
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