Placée sous surveillance renforcée pour des lacunes dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, le Kenya affiche désormais un objectif clair : être retiré de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI) d’ici mai 2026. Un enjeu stratégique pour restaurer la confiance des investisseurs, fluidifier les paiements internationaux et préserver les relations financières, notamment avec l’Europe.
L’échéance a été publiquement rappelée à Nairobi par le secrétaire principal au Trésor, Chris Kiptoo, qui a exhorté l’ensemble des parties prenantes à accélérer les réformes. Si l’inscription sur la « liste grise » ne constitue pas une sanction formelle, elle agit comme un signal d’alerte pour les marchés financiers.
Depuis son inscription en février 2024, le pays est considéré comme présentant des vulnérabilités en matière de lutte contre les flux financiers illicites. Concrètement, les banques étrangères ont renforcé leurs contrôles de conformité, rallongeant les délais de certaines transactions et intégrant une prime de risque réglementaire dans leurs opérations. Les investisseurs, eux, ajustent leurs décisions en fonction de cette perception accrue de risque.
Les autorités kényanes assurent vouloir passer d’une logique d’engagement politique à une mise en œuvre opérationnelle. L’objectif est de renforcer les mécanismes de détection, de gel et de poursuite des flux suspects, tout en rendant pleinement fonctionnels les comités nationaux dédiés à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
Des montants colossaux sous surveillance
L’ampleur du défi est illustrée par les chiffres du centre de reporting financier du pays. Sur les trois années précédant 2023, des déclarations de transactions suspectes représentant 6 978 milliards de shillings kényans (environ 45,6 milliards d’euros) ont été traitées. Près de 91 % de ces flux ont transité par le système bancaire.
Les secteurs identifiés comme exposés incluent l’immobilier ainsi que certaines professions réglementées, telles que les avocats et les comptables, fréquemment impliqués dans des montages complexes destinés à dissimuler l’origine des fonds.
Pour Nairobi, sortir de la « liste grise » du GAFI constitue désormais une priorité macrofinancière. Au-delà de l’image, il s’agit de réduire le coût de la conformité, d’améliorer l’attractivité du pays et de sécuriser son intégration dans les circuits financiers internationaux.
Nadia SAR
Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com



