Le secteur gabonais de l’eau et de l’électricité traverse une crise sans précédent. Un audit présenté en Conseil des ministres le 4 décembre 2025 a révélé un déficit historique de 84,7 milliards de FCFA dans les comptes publics liés à la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG). Une situation explosive, symptôme d’un système miné depuis des années par des irrégularités profondément enracinées.
Selon les conclusions du rapport, la SEEG enregistre chaque année des pertes comprises entre 30 et 40 milliards de FCFA, principalement dues aux fraudes. Connexions clandestines, manipulation de compteurs, impayés massifs : autant de pratiques illicites qui saignent les finances publiques. Dans le Grand Libreville seulement, les pertes mensuelles en électricité dépassent déjà 2 milliards de FCFA, illustrant l’ampleur de la défaillance.
À ces fraudes s’ajoutent des dysfonctionnements internes majeurs. Surfaturations répétées, absence de contrôle rigoureux des consommations, accumulation d’impayés : les pratiques pointées du doigt compromettent gravement la qualité et l’intégrité du service public. Le gouvernement juge la situation « alarmante ».
Usagers asphyxiés, coupures et factures injustifiées
Les conséquences se répercutent directement sur les ménages. Dans l’Estuaire notamment, les délestages sont devenus monnaie courante tandis que les factures s’envolent sans correspondre aux consommations réelles. Une double peine pour les foyers, déjà éprouvés par l’augmentation du coût de la vie.
Les associations de consommateurs, exaspérées, exigent plus de transparence sur la gestion des ressources et une correction rapide des erreurs de facturation. « Les budgets familiaux sont en train d’exploser », alertent-elles depuis plusieurs mois.
Ce gouffre financier compromet lourdement les investissements nécessaires dans l’amélioration des infrastructures énergie-eau du pays. Il gonfle aussi l’endettement de la SEEG, qui peine à équilibrer ses comptes. La société a récemment lancé un ultimatum aux abonnés, les invitant à régulariser leurs dettes au risque de sanctions.
« Ce scandale financier révèle un système de contrôle défaillant. Il est urgent d’installer des compteurs modernes et de garantir une facturation juste, pour préserver à la fois les usagers et les caisses publiques », explique un économiste interrogé.
Face à cette situation critique, le gouvernement annonce une batterie de mesures : révision exhaustive des factures, normalisation des comptes, poursuites contre les agents impliqués dans des fraudes ou négligences, et mise en place d’audits réguliers. Objectif : restaurer la confiance et stabiliser le secteur.
Le ministre de l’Énergie et de l’Eau a également évoqué une réforme structurelle majeure : la séparation de la SEEG en deux entités distinctes pour une gestion spécialisée et plus performante de l’eau et de l’électricité.
Cette crise pourrait enfin déclencher un profond sursaut structurel. Reste à savoir si les réformes promises permettront de remettre la SEEG sur les rails et de garantir au Gabon un accès pérenne à des services publics essentiels.
Dossou AFFAMA
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