L’Afrique veut mieux capter la richesse de ses contribuables les plus aisés. L’African Tax Administration Forum (ATAF) a publié un « Guide pour mettre en œuvre un régime fiscal efficace pour les individus fortunés (HNWI) », avec l’ambition de soutenir les administrations fiscales dans l’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures.
À l’échelle mondiale, la fiscalité des personnes à fort patrimoine s’impose de plus en plus comme un enjeu politique majeur. De nombreux gouvernements renforcent leurs dispositifs pour garantir une contribution plus équitable des contribuables les plus riches et lutter contre les pratiques fiscales agressives. Mais en Afrique, cette dynamique reste encore limitée.
Selon les données disponibles, seulement 5 % environ de la population adulte active sur le continent paie l’impôt sur le revenu des personnes physiques, contre près de 50 % dans les pays à revenu élevé. Par ailleurs, plus de 90 % des recettes de cet impôt proviennent de salariés du secteur formel, révélant la faible taxation des revenus et patrimoines issus d’activités informelles ou de capitaux.
Pour Mary Baine, secrétaire exécutive de l’ATAF, l’enjeu est crucial : « une fiscalité efficace des individus à forte valeur nette peut aider les pays africains à élargir leur base fiscale, à améliorer l’équité et à mobiliser les ressources nécessaires au financement des priorités de développement ».
Le guide s’appuie sur une étude menée dans dix pays africains, qui met en évidence des lacunes à la fois politiques et administratives dans la gestion de cette catégorie de contribuables. Il identifie également des pistes concrètes pour y remédier.
Parmi les recommandations figurent la définition adaptée des individus fortunés dans le contexte africain, la mise en place de cadres politiques spécifiques, ainsi que le renforcement des capacités administratives. Le document insiste aussi sur l’importance croissante des outils technologiques et de l’analyse des données pour mieux identifier, suivre et contrôler la conformité fiscale de ces contribuables.
Enfin, l’ATAF souligne que la réussite de telles réformes ne repose pas uniquement sur des dispositifs techniques. Elle dépend également d’un fort engagement politique, notamment au plus haut niveau de l’État, afin de surmonter les résistances et garantir la mise en œuvre effective des mesures.
À travers cette initiative, l’organisation appelle les pays africains à repenser leur approche fiscale pour mieux intégrer les grandes fortunes, dans un contexte où la mobilisation des ressources internes devient un levier essentiel de développement.
Félicienne HOUESSOU
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