À l’issue des réunions de printemps 2026 du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), le Forum et réseau africain sur la dette et le développement (AFRODAD) a organisé un point de presse virtuel le 24 avril dernier pour livrer une lecture critique des orientations proposées. Derrière les annonces officielles axées sur le renforcement des instruments financiers existants, la société civile du Sud global alerte sur une aggravation structurelle de la crise de la dette et appelle à des réformes en profondeur du système financier international.
Chaque dollar supplémentaire que les pays consacrent au service de la dette est un dollar de moins pour la santé, l’éducation, la protection sociale ou l’adaptation au climat. A travers cette forte annonce, la société civile estime que la crise de la dette n’est pas une crise temporaire, comme le voient le FMI et la Banque mondiale, mais plutôt d’une crise du système lui-même.
A l’issus des réunions de printemps 2026 du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, l’appel est sans équivoque : sans refonte en profondeur du système financier international, les solutions avancées par le FMI et la Banque mondiale risquent de perpétuer, voire d’aggraver, les déséquilibres qu’elles prétendent corriger.
Pour Daniela Berdeja, du Réseau latino-américain sur la dette, le développement et les droits (Latindadd), la situation actuelle dépasse largement le cadre d’une crise conjoncturelle. Les chocs énergétiques, alimentaires, commerciaux et financiers, auxquels s’ajoutent les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, agissent comme des catalyseurs de vulnérabilités anciennes. « Chaque dollar consacré au service de la dette est un dollar en moins pour les dépenses sociales essentielles », souligne-t-elle, dénonçant une lecture réductrice du FMI et de la Banque mondiale, qui continuent de privilégier des solutions basées sur l’endettement et la liquidité.
Une architecture financière internationale jugée non réformatrice
Au cœur des critiques figure la persistance d’approches jugées “non transformatrices”. Les institutions de Bretton Woods continuent de promouvoir des mécanismes comme le Cadre commun du G20, tout en ajustant leurs facilités financières sans remettre en cause les déséquilibres structurels du système. Pour les organisations de la société civile, ces réponses restent insuffisantes face à une crise qualifiée de systémique.
Stefano Prato, de la Société pour le développement international (SID), va plus loin en mettant en cause la gouvernance même de ces institutions. Selon lui, le FMI et la Banque mondiale demeurent fortement influencés par les intérêts des grandes puissances, limitant leur capacité à proposer des solutions adaptées aux réalités des pays en développement, notamment africains. Cette asymétrie alimente les appels à une démocratisation de la gouvernance financière mondiale et à une réorientation des priorités vers le bien-être des populations plutôt que le remboursement de la dette.
Protection sociale, fiscalité et souveraineté, les lignes de fracture
Les débats autour des politiques sociales et budgétaires illustrent également les tensions persistantes. Grace Namugambe, du Réseau de développement et de communication des femmes africaines (FEMNET), souligne que les recommandations du FMI — notamment la suppression des subventions énergétiques et alimentaires au profit de transferts monétaires ciblés — suscitent de vives inquiétudes. Si le renforcement de la protection sociale est mis en avant, les alternatives intégrant une perspective féministe restent marginales.
Dans le même temps, AFRODAD insiste sur la nécessité de repenser les stratégies de financement. Diana Mochoge plaide pour une mobilisation accrue des ressources domestiques via des politiques fiscales progressives, évitant de faire peser l’effort sur les populations les plus vulnérables. Elle met également en avant des propositions structurantes, telles que la suspension automatique du service de la dette en période de crise, ainsi que la réforme des agences de notation.
Sur ce dernier point, l’émergence d’une agence africaine de notation de crédit est perçue comme un levier stratégique pour corriger les biais actuels et faciliter l’accès aux financements. Plus largement, la société civile appelle à une réappropriation de la souveraineté économique, fondée sur une meilleure valorisation des ressources naturelles et une réduction de la dépendance aux capitaux extérieurs.
Félicienne HOUESSOU
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