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Afrique : la CEA alerte sur le gouffre financier des systèmes de santé provoqué par le coût de la dette

De nombreux pays africains consacrent désormais davantage de ressources au service de leur dette qu’à la santé publique, illustrant l’étau budgétaire qui menace les systèmes sanitaires du continent. C’est l’avertissement lancé par Aboubakri Diaw, chef de cabinet de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), lors d’un dialogue ministériel organisé en marge du 76e Comité régional de l’OMS pour l’Afrique.

« Nous avons un problème budgétaire fondamental lié au problème du secteur de la santé », a déclaré le responsable, appelant à repenser en profondeur le financement des systèmes sanitaires. Pour lui, le continent ne souffre pas d’un manque de réformes, mais d’un déficit de réformes effectivement financées.

L’équation devient de plus en plus difficile. Les gouvernements africains financent en moyenne moins de 41 % des dépenses totales de santé, tandis que le recul et l’imprévisibilité de l’aide extérieure accroissent la charge supportée par les ménages. Les paiements directs de santé poussent ainsi plus de 150 millions de personnes dans la pauvreté chaque année, selon les données citées par la CEA.

Dans une treizaine de pays étudiés par l’institution, les ménages dépensent même davantage pour leur santé que leurs propres gouvernements. Une situation aggravée par la montée du surendettement, la contraction des financements concessionnels et la baisse de l’aide publique au développement, qui représentait auparavant plus de 30 % des dépenses de santé dans certains pays.

Des réformes sans financement

Pour Aboubakri Diaw, les stratégies existent mais restent trop souvent privées de moyens. Les régimes d’assurance sont adoptés sans être suffisamment capitalisés, les paniers de soins sont définis sans être intégrés aux cadres budgétaires pluriannuels. « Une réforme sans ligne budgétaire ne constitue pas une politique », a-t-il résumé. La CEA plaide désormais pour des pactes budgétaires pluriannuels entre les ministères des Finances et de la Santé. L’objectif serait de remplacer les arbitrages budgétaires annuels par des engagements de financement plus prévisibles, assortis d’objectifs précis d’efficacité et de résultats.

Cette réforme passe également par une meilleure maîtrise des dépenses. Selon les estimations citées par la CEA, entre 30 % et 40 % des dépenses de santé seraient perdues en raison des inefficiences. « Aucun ministre des Finances ne peut élargir une enveloppe qui fuit », a averti Diaw. La Commission entend ainsi accompagner les États dans l’identification de leurs besoins de financement et la mobilisation de nouveaux instruments, allant des taxes dédiées à la santé aux conversions de dette, en passant par le financement mixte.

L’enjeu est désormais de parler aux ministres des Finances dans le langage du rendement : productivité, capital humain, recettes et croissance. Car pour la CEA, la couverture sanitaire universelle ne pourra progresser sans une transformation préalable des mécanismes budgétaires. Dans une Afrique où la dette absorbe parfois davantage de ressources que les hôpitaux, financer la santé devient autant une question sociale qu’un impératif de stabilité économique.

Félicienne HOUESSOU

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