Au Bénin, le mois de mars dédié aux droits des femmes a été clôturé par un événement de haut niveau organisé par le Groupe de la Banque mondiale le 31 mars 2026 à Cotonou. Consacrée à l’égalité de genre et à l’entrepreneuriat féminin, cette rencontre a réuni représentants du gouvernement, institutions financières, partenaires au développement et femmes entrepreneures autour d’un objectif commun : accélérer l’autonomisation économique des femmes.
Les échanges ont notamment porté sur l’accès au financement, l’agenda Women, Business and the Law, ainsi que le nouveau programme Women’s Entrepreneurship Development and Access to Finance (WEDAF). Dans son mot d’ouverture, Karine Bachongy, Représentante résidente de la Banque mondiale au Bénin, a salué le rôle central des femmes dans la transformation économique du pays. Elle a souligné que leur contribution, à travers la création d’entreprises et d’emplois, constitue un levier essentiel de développement.
Elle a également rappelé que l’égalité de genre est au cœur des interventions du Groupe de la Banque mondiale, avec des projets intégrant systématiquement une approche sensible au genre. “Dans notre portefeuille national, qui compte vingt-et-un projets, les femmes sont au centre de nos interventions. Grâce à un partenariat solide avec le Gouvernement, nous soutenons les réformes qui font progresser les droits des femmes et leur inclusion économique. Nous incitons le Gouvernement à désagréger toutes les statistiques et à adopter une approche genre dans la programmation budgétaire, pour mieux cibler les politiques publiques. Tous nos appuis budgétaires, et nos opérations sectorielles intègrent une approche genre explicite », a-t-elle souligné. Ainsi, grâce à un partenariat étroit avec le gouvernement, plusieurs réformes ont été engagées pour renforcer les droits des femmes et leur inclusion économique.
En présentant le rapport Women, Business and Law (WBL) 2026, Lolita Laperle Forget, Consultante à la Banque mondiale indique que le Bénin se distingue par des performances remarquables. Le pays obtient un score de 67,6 % pour le cadre juridique, soit un niveau supérieur à la moyenne mondiale. En ce qui concerne le cadre d’appui et la perception des experts, les scores s’élèvent respectivement à 41,1 % et 48,6 %. À l’échelle de l’UEMOA, le Bénin se classe 3ᵉ pour le cadre juridique et la perception des experts, et 2ᵉ pour le cadre d’appui. L’expert souligne également que le pays dépasse la moyenne régionale dans tous les domaines évalués. Cependant, des défis persistent, notamment en matière de sécurité et de mobilité. Le cadre juridique pourrait aussi être renforcé par la mise en place de nouveaux mécanismes. Selon elle, « un renforcement ciblé des politiques publiques permettrait de mieux traduire les avancées juridiques en bénéfices concrets pour les femmes et leur participation à l’économie ».
Par ailleurs, des efforts restent nécessaires dans les domaines de la garde d’enfants et de la sécurité, malgré les progrès récents. Ainsi, Laperle Forget précise que ce rapport constitue un outil de diagnostic opérationnel, mettant en évidence que l’amélioration de la mise en œuvre peut accroître les impacts. Elle insiste sur le fait que l’égalité juridique ne relève pas uniquement de l’équité, mais représente aussi un investissement stratégique en faveur de la croissance et d’une prospérité partagée.

WEDAF, un instrument pour renforcer l’accès au financement
Pour le Directeur général de l’ADPME, Laurent Gangbès, le Projet de développement de l’entrepreneuriat féminin et d’accès au financement (WEDAF) s’impose comme un instrument clé pour soutenir durablement les femmes entrepreneures au Bénin. Pensé comme un levier stratégique, ce programme vise à agir simultanément sur le renforcement des capacités et l’amélioration de l’accès à des financements adaptés.
Doté d’un budget de 100 millions de dollars américains, soit environ 56,5 milliards de francs CFA, WEDAF repose sur une approche intégrée combinant appui technique et mécanismes financiers innovants. Il prévoit notamment un accompagnement des institutions publiques, des banques, des systèmes financiers décentralisés ainsi que des structures d’appui aux entreprises.
En parallèle, le programme met un accent particulier sur le développement des compétences des femmes entrepreneures à travers des formations ciblées et des dispositifs de mentorat, afin de renforcer la viabilité et la compétitivité de leurs activités.
Parmi les innovations majeures introduites, figure l’émission d’obligations de durabilité en monnaie locale, pouvant atteindre 30 millions de dollars. Ce mécanisme, adossé à une garantie partielle de Association internationale de développement, vise à mobiliser davantage de capitaux au profit des entreprises dirigées par des femmes et à stimuler l’investissement privé dans ce segment stratégique de l’économie.
Pour la Représentante résidente de la Banque mondiale au Bénin, WEDAF marque l’ouverture d’un nouveau chapitre, placé sous le signe de la mise à échelle et de l’innovation. Ce programme combine les atouts de la Banque mondiale et de la SFI ; c’est une approche pionnière pour notre Groupe. « Tout aussi essentiel, WEDAF est conçu pour mobiliser le capital privé. À travers une obligation liée au genre portée par la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin, nous ambitionnons d’attirer des investisseurs et de canaliser davantage de ressources vers les femmes entrepreneures », a-t-elle indiqué.

Un panel sur le thème « Entrepreneuriat féminin et accès au financement » avec la participation de Bertille Marcos Guèdègbé, Directrice générale des Fruits Tillou, Greta Luce Gangbo, promotrice d’une maison de mode, et Johanne Bruffaerts, DG de Epitech Bénin. Les panélistes ont partagé avec leurs pairs leurs expériences en entrepreneuriat et dans l’accès au financement, ainsi que des astuces pour mieux réussir.
Félicienne HOUESSOU
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