La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) choisit de s’attaquer à l’un des maillons les plus sensibles de la chaîne du développement : la passation des marchés. Du 2 au 6 mars 2026, à Ouagadougou, l’institution régionale réunit les acteurs de la commande publique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour une session de renforcement de capacités consacrée à ses nouvelles procédures applicables aux projets approuvés après octobre 2021.
Derrière les termes juridiques et les dossiers d’appel d’offres se joue la capacité des États à transformer des décisions de financement en routes, en hôpitaux, en écoles ou en infrastructures énergétiques opérationnelles. C’est ce qu’a rappelé, à l’ouverture des travaux le 2 mars, le secrétaire général du ministère burkinabè de l’Économie et des Finances, Vieux Abdoul Rachid Soulama. Dans son intervention, il a insisté sur le rôle charnière de la passation des marchés, point de jonction entre l’approbation d’un financement et sa concrétisation sur le terrain. Une étape mal préparée, mal documentée ou mal coordonnée, a-t-il averti, peut entraîner le rejet de dossiers, la suspension de décaissements ou des contentieux contractuels. À l’inverse, une procédure rigoureusement maîtrisée accélère les délais, sécurise juridiquement les contrats et renforce la crédibilité des pays auprès de leurs partenaires.
Cette formation intervient dans un contexte où les États membres de l’UEMOA, confrontés à des défis sécuritaires, sociaux et budgétaires majeurs, n’ont plus « le luxe des lenteurs administratives ». Pour le responsable burkinabè, chaque blocage évitable est une occasion manquée de développement. Derrière chaque procédure, a-t-il souligné, une infrastructure est attendue, un service public est espéré.
Le conseil d’administration de la BOAD a adopté de nouvelles procédures de passation des marchés pour les projets et programmes approuvés après octobre 2021. L’objectif de la session de Ouagadougou est clair : permettre aux praticiens — coordonnateurs de projets, spécialistes en passation, responsables financiers — de s’approprier ces outils et d’en maîtriser les exigences.
Selon Alexis Kiéma, responsable de l’unité passation des marchés de la BOAD, la formation doit contribuer à améliorer les taux de décaissement et l’atteinte des objectifs de développement dans les huit États membres. Pendant cinq jours, les participants se penchent sur les politiques et procédures actualisées de la banque, les dossiers-types d’appel d’offres, les modalités de supervision des marchés ainsi que les mécanismes de prévention et de lutte contre la fraude et la corruption.
La démarche s’inscrit dans une volonté plus large d’amélioration de la performance des portefeuilles nationaux. Une planification réaliste des acquisitions, une meilleure articulation entre programmation budgétaire et plan de passation, une coordination renforcée entre les différents acteurs et une traçabilité documentaire irréprochable figurent parmi les priorités mises en avant.
L’exigence est aussi politique. « La crédibilité du Burkina Faso se joue dans la qualité des documents que nous produisons et dans le respect des engagements que nous prenons », a lancé M. Soulama, appelant chacun à assumer pleinement sa responsabilité.
Au-delà des aspects techniques, la rencontre de Ouagadougou envoie un signal fort. Dans un contexte régional sous tension, la discipline budgétaire et la qualité de la dépense publique constituent des impératifs. La maîtrise des procédures de passation des marchés n’est plus un simple exercice administratif ; elle est au cœur de la capacité des États à répondre rapidement et efficacement aux attentes de leurs populations.
Dossou AFFAMA
Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com



