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Ouverture des visas : l’Afrique en transition vers la mobilité, le Bénin en vitrine

L’Union africaine (UA) et la Banque africaine de développement (BAD) ont dévoilé le vendredi 12 décembre 2025, l’édition 2025 de l’Indice d’ouverture sur les visas en Afrique (AVOI). Sans détour, le rapport révèle des avancées réelles, des reculs mais également, une dynamique continentale encore inégale. Surtout, il confirme une Afrique en transition, à la croisée de l’ouverture, de la sécurité et du numérique.

Cette édition marque une étape importante, en offrant l’opportunité de mettre en lumière des développements notables tout en réfléchissant aux points de stagnation des progrès. L’AVOI 2025 affiche un score combiné d’ouverture de visa de 0,445 – nettement inférieur aux trois années précédentes et équivalent à celui de 2021. En analysant ces données, le document permet d’évaluer plus en détail les progrès de l’ouverture des visas, de la régression, ou des interventions technologiques qui ont déplacé le processus de demande de visa de la destination (visa à l’arrivée) vers le pays de départ (e-Visa / Autorisation électronique de voyage – ETA) – ce qui influence le score d’un pays.

Le Bénin : un champion de la mobilité régionale

Le rapport met clairement en avant le Bénin. Le pays se classe 4ᵉ au niveau continental, ex æquo, derrière le Rwanda et la Gambie, leaders confirmés. Cette position résulte de l’introduction récente d’un visa pour les citoyens de six pays, dont Maurice, les Seychelles et Sao Tomé-et-Principe.

Au cours de ces dix ans, le Bénin, les Seychelles, la Gambie et, plus récemment, le Rwanda ont été des pionniers en matière d’ouverture des visas, offrant un accès sans visa au reste du continent. Le Bénin se distingue comme l’un des pays les plus améliorés sur l’AVOI. Le Bénin est passé de la 31e place lors de la première édition, atteignant la première place en 2018. Le pays a renforcé son dispositif législatif relatif à la mobilité des étrangers sur son territoire. Le 2 juillet 2025, le président Patrice Talon a promulgué une nouvelle loi encadrant l’entrée, le séjour, la résidence et la sortie des étrangers. Ce texte marque une étape importante dans la régulation des flux migratoires et la sécurisation des procédures administratives.

Des politiques contrastées ailleurs sur le continent

Le rapport montre une Afrique à deux vitesses, entre les progrès et les reculs. En 2025, le score combiné d’ouverture des visas recule à 0,445. Il est inférieur aux trois années précédentes et équivalent à celui de 2021. Plusieurs pays ont durci leurs politiques. La Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Nigeria et la Somalie sont passés du visa à l’arrivée à l’obligation de visa avant le voyage. C’est un recul net. D’autres États, comme l’Algérie, l’Angola, la Tunisie ou l’Ouganda, ont également introduit des restrictions ciblées.

À l’inverse, des pays à faible revenu ou enclavés figurent dans le top 20. Ils misent sur l’ouverture pour stimuler le commerce, attirer les investissements et développer le tourisme. Une approche pragmatique. Et souvent payante. De même, la Gambie est devenue sans visa pour les citoyens de tous les pays africains en 2020 et a conservé sa place au sommet des années suivantes. Le Rwanda a atteint son jalon politique d’exemption de visa en 2023. Et les Seychelles, qui occupaient auparavant leur place au sommet de l’AVOI depuis le premier rapport, ont ensuite lancé un système d’arrivée anticipée – obligatoire pour tous les visiteurs et récemment étendu aux arrivées maritimes – accessible aux voyageurs potentiels avant leur voyage. Les progrès impressionnants du Kenya ont été également dévoilés dans ce rapport.

Le numérique, accélérateur mais aussi filtre des mobilités

La technologie numérique occupe une place centrale dans l’évolution des politiques de visa. Ainsi, dans ce rapport, les experts  soulignent une transition marquée du visa à l’arrivée vers le e-visa ou l’autorisation électronique de voyage (ETA). Trente-et-un pays africains proposent désormais un e-visa.

Ces outils offrent plus de commodité aux voyageurs et davantage d’efficacité aux États. Ils permettent une présélection sécuritaire et des gains économiques. Toutefois, le rapport alerte que le e-visa reste une exigence préalable au voyage. Mal calibrée, cette transition numérique peut restreindre, plutôt que faciliter, les déplacements intra-africains. L’équilibre est donc crucial.

L’AVOI reconnaît que les systèmes d’immigration et les prérogatives politiques des pays diffèrent, et que des opportunités découlent des développements technologiques et des processus de numérisation plus larges.

Ouverture des visas : l’Afrique en transition vers la mobilité, le Bénin en vitrine

La ZLECAf confortée par les dynamiques régionales

Les résultats de l’AVOI 2025 confirment une intégration régionale avancée, en phase avec les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est avancent grâce à des stratégies cohérentes et soutenues. Elles démontrent l’impact positif des politiques communes et des réformes partagées. À l’inverse, d’autres régions restent pénalisées par des approches isolées ou des durcissements successifs.

Le cas de la CEDEAO est emblématique. La région affiche 100 % de réciprocité en matière de visas. Chaque État membre accorde un accès identique aux ressortissants des autres pays. Ce niveau inédit confirme une intégration mature. Il favorise les investissements régionaux, renforce les chaînes de valeur et stimule les échanges intra-africains.

Trente-neuf pays ont amélioré leur score à l’AVOI depuis le premier rapport en 2016. Cette évolution montre un reflet des progrès globaux et larges vers l’assouplissement des voyages intra-africains. Pourtant, les progrès ont souvent été lents, car des scores individuels plus élevés résultent souvent de petits changements incrémentaux, de pays entrant dans des accords bilatéraux intégrant un assouplissement réciproque des politiques de visa dans ces réformes, ou impliquant des pays adoptant des politiques plus libérales, parfois soutenu par un accord régional sur le mouvement intra-régional. Aucune autre ratification du Protocole de libre circulation de l’UA, au-delà des quatre premiers pays, n’a suivi au cours des six dernières années. Ce qui suggère que les progrès en matière d’ouverture des visas n’ont pas été motivés par cet instrument – même si les idéaux sous-jacents du Protocole pourraient être plus largement soutenus.

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Les recommandations pour une Afrique sans frontières

Enfin, le rapport formule des recommandations structurantes. Il appelle, d’abord, à accélérer l’application des protocoles régionaux existants. Ensuite, il propose la création de visas régionaux unifiés, afin de réduire les coûts et de fluidifier les circuits économiques et touristiques.

Le texte recommande aussi le développement d’unités régionales du visa, la standardisation des plateformes numériques et le renforcement du plaidoyer régional. Il encourage, par ailleurs, les réciprocités bilatérales et la suppression des visas pour les visites de courte durée dans les zones les plus avancées.

Une mobilité africaine mieux coordonnée renforcerait l’intégration économique, soutiendrait la ZLECAf et libérerait le potentiel de croissance du continent. L’AVOI 2025 n’est pas seulement un classement. C’est un appel à l’action.

Félicienne HOUESSOU

Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com

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