Au 39e Sommet de l’Union africaine, réuni le 14 février 2026 à Addis-Abeba, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, António Guterres, a tracé une feuille de route claire pour l’action onusienne à venir. Après une décennie de coopération renforcée avec l’Afrique – marquée notamment par l’adoption de la résolution 2719 du Conseil de sécurité sur le financement des opérations de paix de l’UA – il a articulé l’avenir du partenariat autour de trois axes structurants : la paix, l’action économique et l’action climatique.
Paix, financement du développement et climat : le triptyque stratégique de l’ONU
Pour António Guterres, la stabilité du continent reste la condition sine qua non de toute transformation économique et sociale. Il a appelé à un cessez-le-feu immédiat au Soudan et à la reprise d’un processus politique inclusif, dirigé par les Soudanais eux-mêmes. Au Soudan du Sud, il a soutenu le rôle du comité ad hoc de haut niveau de l’UA pour prévenir une nouvelle escalade.
En République démocratique du Congo, le respect de l’intégrité territoriale et des engagements de cessez-le-feu est présenté comme impératif. En République centrafricaine et en Libye, la consolidation des processus politiques demeure essentielle, tandis qu’en Afrique de l’Ouest, au Sahel et en Somalie, l’accent est mis sur la nécessité d’efforts coordonnés contre le terrorisme et les cycles de violence.
Le chef de l’ONU a regretté l’absence d’accord au Conseil de sécurité pour financer durablement la mission de stabilisation de l’UA en Somalie via les contributions statutaires. Plus largement, un examen des opérations de paix est en cours afin d’adapter mandats et ressources aux réalités du terrain. En filigrane, le message est clair : sans paix durable, aucun agenda de développement ne peut prospérer.
António Guterres a souligné l’ampleur du déficit de financement des Objectifs de développement durable (ODD), estimé à 4 000 milliards de dollars par an pour les pays en développement. L’Afrique, a-t-il rappelé, perd davantage en remboursements de dette et en flux financiers illicites qu’elle ne reçoit d’aide, tout en subissant des coûts d’emprunt jusqu’à huit fois supérieurs à ceux des économies avancées.
L’ONU plaide ainsi pour tripler la capacité de prêt des banques multilatérales de développement, mobiliser davantage de capitaux privés et réduire le coût du financement pour les pays surendettés. La réforme de l’architecture financière internationale est jugée indispensable afin de garantir aux pays africains une représentation pleine et entière dans les instances de décision.
Dans le même esprit, le Secrétaire général a réitéré son soutien à la réforme du Conseil de sécurité, qualifiant d’« indéfendable » l’absence de sièges permanents pour l’Afrique. « Nous sommes en 2026, pas en 1946 », a-t-il lancé, appelant à un multilatéralisme adapté aux réalités contemporaines.
Face à un réchauffement mondial qui devrait dépasser la limite de 1,5 °C, António Guterres a insisté sur la responsabilité des grandes économies, notamment celles du G20, responsables de près de 80 % des émissions mondiales. Elles doivent réduire drastiquement leurs émissions au cours de cette décennie.
L’Afrique, qui concentre 60 % du potentiel solaire mondial mais ne capte que 2 % des investissements dans les énergies propres, peut devenir un acteur majeur de la transition énergétique. Pourtant, elle subit un réchauffement plus rapide que la moyenne mondiale, alors qu’elle a peu contribué aux émissions historiques.
Le Secrétaire général a appelé les pays développés à tripler le financement de l’adaptation, à mobiliser 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour les pays en développement, à renforcer le Fonds pour les pertes et préjudices et à accélérer une transition juste vers les énergies renouvelables. Il a également insisté sur la nécessité de développer des chaînes de valeur locales autour des minéraux critiques, afin que les ressources africaines profitent d’abord aux Africains.
En conclusion, António Guterres a réaffirmé que l’Afrique demeurera la priorité stratégique de l’ONU jusqu’à la fin de son mandat. Paix durable, justice économique et transition climatique équitable : c’est autour de ces trois piliers que l’Organisation entend structurer son action future sur le continent.
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