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Dette africaine : A Nairobi, les acteurs révèlent les quatre leviers de la souveraineté économique

L’Afrique veut désormais aller au delà de simples restructurations ou des financements moins coûteux. Présentant son analyse lors de la conférence Opa Kapijimpanga 2026, organisée en prélude à l’ouverture de la sixième Conférence africaine sur la dette et le développement (AfCoDD VI), lancée le 25 août à Nairobi, le professeur Horman Chitonge, du Centre d’études africaines, a appelé à dépasser les « symptômes » de la crise de la dette pour s’attaquer à ses causes structurelles.

Pour le professeur Horman Chitonge, du Centre d’études africaines, la sortie du piège de l’endettement passe par une reconquête plus profonde de la souveraineté économique, fondée sur quatre facteurs : l’autonomie monétaire et budgétaire, le contrôle des ressources naturelles, le développement des capacités productives et la sécurité alimentaire et énergétique. Horman Chitonge indique que la souveraineté d’un État ne repose pas principalement sur sa reconnaissance juridique internationale ou sur l’existence formelle d’institutions nationales. Un pays peut disposer d’un drapeau, d’un hymne, d’un Parlement, d’une armée, d’une banque centrale et de dirigeants élus sans pour autant exercer un véritable contrôle sur son avenir économique. « Sans souveraineté économique, la souveraineté politique n’est qu’un symbole », a-t-il soutenu en substance.

Le véritable pouvoir souverain réside dans la capacité d’un pays à mobiliser ses ressources, à orienter son système productif et à exploiter sa richesse au service de sa population. La souveraineté économique désigne ainsi la capacité à décider de l’utilisation des ressources et à faire en sorte que la valeur créée bénéficie prioritairement aux intérêts nationaux. Son absence devient manifeste lorsque les richesses naturelles d’un pays sont exploitées pour enrichir d’autres économies, parfois au détriment même du territoire qui les abrite.

Dette africaine : En Nairobi, les acteurs révèlent les quatre leviers de la souveraineté économique

Reprendre l’autonomie monétaire et budgétaire

Le premier axe identifié par Horman Chitonge est celui de l’autonomie monétaire et budgétaire. Une souveraineté économique faible réduit la marge de manœuvre des États et peut alimenter un cercle vicieux d’endettement. Un niveau élevé de dette extérieure oblige en effet les pays à consacrer une part importante de leurs ressources au service de créanciers étrangers. Cette dépendance peut limiter leur capacité à mener des politiques économiques indépendantes et accroître les pressions en faveur de certaines orientations budgétaires ou monétaires. À terme, l’endettement ne constitue plus seulement une contrainte financière ; il devient une contrainte politique et stratégique.

La question de la souveraineté fiscale est donc indissociable de celle de la souveraineté économique, souligne Lyla Latif, enseignante à la faculté de droit de l’Université de Nairobi et directrice de la Maison de la sagesse fiscale. Mais l’universitaire va plus loin en appelant l’Afrique à intégrer un nouveau champ de bataille : la « souveraineté du calcul ». Dans une économie mondiale dominée par la donnée, les technologies et les capacités de traitement de l’information, contrôler les ressources physiques sans maîtriser les outils qui permettent de créer, mesurer et capter la valeur ne garantit pas une véritable indépendance économique.

Contrôler les ressources et capter la valeur

Le contrôle des ressources naturelles constitue le deuxième pilier de cette souveraineté. Pour Horman Chitonge, un contrôle limité conduit souvent à la mise aux enchères des richesses nationales au profit de multinationales qui acquièrent une influence déterminante sur leur exploitation et leur destination. Selon l’universitaire, le continent dispose d’importantes réserves de minerais, de terres et de ressources énergétiques, mais une part substantielle de la valeur ajoutée est créée en dehors de ses frontières. « Nous contrôlons nos minéraux, mais seulement au stade de la matière première, pas de la valeur ajoutée », a martelé Lyla Latif. Cette situation réduit les recettes futures, limite l’élargissement de l’assiette fiscale et entretient la dépendance aux exportations de produits bruts. Elle fragilise également la souveraineté budgétaire en privant les États d’une partie des revenus qui pourraient financer les infrastructures et les services publics. Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de posséder les ressources, mais de contrôler les chaînes de valeur qui les transforment en richesse.

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Produire davantage et monter en gamme

Le troisième facteur concerne l’autonomie productive. Une économie souveraine doit disposer des ressources entrepreneuriales, des compétences techniques et des capacités industrielles nécessaires pour produire des biens et services répondant à ses propres besoins tout en conquérant des marchés extérieurs. Selon le développement de Horman Chitonge, lorsque les capacités productives restent limitées, les États perdent une partie du contrôle sur la nature même de leur économie. Ils se retrouvent souvent confinés dans des activités à faible valeur ajoutée et fortement exposées à la volatilité des cours internationaux. Le développement industriel devient ainsi une question de souveraineté financière.

Une base productive plus diversifiée permet d’élargir les recettes fiscales, de créer des emplois, de réduire la dépendance aux importations et de générer les devises nécessaires au financement de l’économie. Elle renforce surtout la capacité d’un pays à honorer ses engagements sans sacrifier ses dépenses essentielles ou recourir en permanence à de nouveaux emprunts.

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Sécuriser l’alimentation et l’énergie

La sécurité alimentaire et énergétique constitue le quatrième axe de la souveraineté économique défendue par Horman Chitonge. La dépendance aux importations alimentaires expose les pays aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales et aux flambées des prix. Elle exerce également une pression directe sur les réserves de change, mobilisées pour acheter à l’étranger des produits qui pourraient, dans une plus large mesure, être produits localement. Le même raisonnement vaut pour l’énergie. Sans accès sécurisé et maîtrisé à l’électricité et aux ressources énergétiques, l’industrialisation reste coûteuse et vulnérable.

Pour le professeur, la sécurité alimentaire et énergétique doit donc être considérée comme une infrastructure de stabilité macroéconomique, au même titre que la politique monétaire ou la gestion de la dette. La véritable question est de savoir si l’Afrique peut construire des économies capables de produire davantage, de transformer leurs ressources, de sécuriser leurs besoins essentiels et de financer leur développement avec une plus grande autonomie.

La crise de la dette laisse apparaitre un déséquilibre plus profond, celui d’économies qui disposent d’immenses richesses mais ne contrôlent pas toujours les mécanismes permettant de transformer ces richesses en pouvoir économique. Pour sortir durablement de cette dépendance, les quatre facteurs avancés à Nairobi appellent à reprendre le contrôle de la monnaie et des finances publiques, maîtriser les ressources et leur valeur ajoutée, renforcer l’appareil productif et garantir l’indépendance alimentaire et énergétique.

Nairobi, Félicienne HOUESSOU

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