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Lancement de AfCoDD 2026 : l’Afrique veut passer du diagnostic de la dette au pouvoir de négociation

Réunis à Nairobi du 25 au 28 août, responsables publics, parlementaires, chercheurs et acteurs de la société civile africaine veulent faire de la Position commune africaine sur la dette un véritable levier de souveraineté financière. Au cœur des débats : la fragmentation du continent, le coût de l’endettement, la réforme de l’architecture financière mondiale et la nécessité pour l’Afrique de parler enfin d’une seule voix.

La sixième Conférence africaine sur la dette et le développement (AfCoDD VI) a ouvert ses travaux ce mardi 25 août à Nairobi, au Kenya, avec une ambition qui dépasse le traditionnel diagnostic de la crise de la dette. Organisée par le Forum et réseau africains sur la dette et le développement (AFRODAD), la rencontre, qui se poursuit jusqu’au 28 août, entend placer le continent face à une question stratégique : comment transformer une Afrique financièrement fragmentée en une puissance capable d’influencer les règles du système mondial ?

Le thème choisi, « De la fragmentation à l’influence », résume le changement de cap recherché. Pour les intervenants, le continent ne peut plus se contenter de dénoncer le coût de la dette, les taux d’intérêt élevés ou les déséquilibres de l’architecture financière internationale. Il doit désormais construire les instruments politiques, institutionnels et financiers lui permettant de peser collectivement sur les négociations.

« Le futur de la dette africaine doit être écrit par les Africains », a lancé Janet Zhou, directrice exécutive d’AFRODAD. Le continent, selon elle, doit renouveler ses engagements et travailler à faire entendre une seule voix afin de participer à l’écriture de nouvelles règles financières mondiales.

Lancement de AfCoDD 2026 : l’Afrique veut passer du diagnostic de la dette au pouvoir de négociation

Le coût économique de la fragmentation

Pour Barbara Kalima-Phiri, présidente du Conseil d’administration d’AFRODAD, la conférence intervient à un moment charnière pour l’organisation et pour le continent. Créé il y a 30 ans en réponse à l’expérience africaine de l’architecture financière mondiale, AFRODAD s’est construit autour des combats pour la justice de la dette, la lutte contre les flux financiers illicites et la réforme du système financier international. Mais, pour la dirigeante, les débats doivent désormais changer de nature. Il ne s’agit plus seulement d’analyser la crise. L’enjeu est de soutenir l’application des instruments adoptés par l’Union africaine, en particulier la Position commune africaine sur la dette. Le principal problème identifié est celui de la fragmentation. Pendant des décennies, les pays africains ont négocié séparément avec leurs créanciers, emprunté individuellement, restructuré leurs dettes au cas par cas et assumé isolément les conséquences de leurs choix. Face à eux, les créanciers privés, les marchés financiers et les institutions internationales disposent d’une organisation, d’une expertise et d’une capacité de négociation considérables.

« L’Afrique ne doit plus négocier son avenir en fragments », a résumé Barbara Kalima-Phiri. Cette fragmentation n’est pas seulement un problème diplomatique. Elle se traduit directement dans le coût du capital, les conditions de refinancement et la capacité des États à préserver leur espace budgétaire. L’ambition de Nairobi est donc de passer de la dispersion des positions nationales à l’organisation d’un véritable pouvoir collectif africain. Ainsi, elle appelle les participants à dépasser ce que les responsables d’AFRODAD qualifient de « paralysie de l’analyse ». La conférence devra déboucher sur des recommandations concrètes concernant la mise en œuvre de la Position commune africaine, l’opérationnalisation des institutions financières continentales, les mécanismes de financement et les propositions que l’Afrique souhaite défendre auprès du G20.

Pour Sansan Hien, représentant du ministre ivoirien de l’Économie et des Finances, la dette africaine a depuis longtemps dépassé le cadre d’une simple question comptable. « Elle affecte directement notre capacité à financer le développement et à préserver notre souveraineté économique », a-t-il souligné. Pour lui, la multiplication des sources de financement et la fragmentation des marchés auxquels les États africains ont recours compliquent davantage la gestion de l’endettement. Cependant, la Position commune africaine adoptée par les chefs d’État en février 2026 doit précisément permettre au continent de sortir de cette dispersion et de porter des revendications coordonnées. Sansan Hien partage l’ambition d’une Afrique qui veut peser davantage face au FMI, à la Banque mondiale, aux créanciers bilatéraux et aux marchés privés. Pour cela, elle réclame des mécanismes de restructuration plus rapides et plus équitables, ainsi qu’une meilleure prise en compte des besoins de développement et des contraintes climatiques.

Toutefois, il s’agit d’une lutte générationnelle. « La dette n’est pas seulement une question technique. C’est un contrat intergénérationnel », a insisté Sansan Hien. Il explique que les décisions d’emprunt prises aujourd’hui continueront de produire leurs effets lorsque les responsables actuels auront quitté leurs fonctions. Les jeunes générations pourraient ainsi se retrouver à rembourser une dette contractée sans qu’elles aient participé aux décisions qui l’ont créée. D’où le rôle particulier attribué aux jeunes parlementaires. Ils sont appelés à renforcer le contrôle des finances publiques, exiger davantage de transparence, défendre une fiscalité plus équitable et veiller à ce que l’endettement finance des investissements productifs plutôt que des dépenses sans rendement durable.

Écrire les nouvelles règles financières

L’objectif ne consiste pas seulement à améliorer la capacité de financement des États. Il s’agit de construire des solutions africaines susceptibles de répondre aux besoins du continent tout en proposant un autre modèle de coopération et de prospérité. Diana Gichengo, directrice exécutive de l’Institut pour la responsabilité sociale (TISA) va alors appeler l’Afrique à rompre avec les arrangements individuels et les décisions guidées par des intérêts particuliers qui affaiblissent sa capacité de négociation collective. Le continent doit, selon elle, concevoir ses propres modèles à partir de ses réalités, de ses ressources et de ses ambitions. Diana Gichengo invite les pays africains à dépasser les représentations associées à la malnutrition, aux catastrophes et aux crises pour devenir un symbole d’espoir, de réussite, de dignité humaine et de prospérité partagée.

Pour cette année, l’AfCoDD devra examiner les moyens de renforcer ou de créer les institutions financières africaines, d’améliorer les mécanismes de financement, de traiter la question de la dette souveraine et de coordonner les positions africaines dans les grands forums internationaux. Pour Janet Zhou, l’enjeu est désormais de reprendre l’initiative. « L’Afrique doit écrire les nouvelles règles », a-t-elle déclaré.

À Nairobi, l’AfCoDD VI l’Afrique ne débat plus uniquement de la manière de réduire sa dette. Les idées convergent vers une nouvelle stratégie de souveraineté dans le but de reprendre la main sur l’avenir financier.

Nairobi, Félicienne HOUESSOU

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