La Guinée accueille depuis le 9 juin la 39ᵉ Conférence annuelle du Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales (CREDAF), un rendez-vous majeur consacré cette année aux défis de la mobilisation des recettes intérieures dans un contexte marqué par les crises économiques et géopolitiques. Réunis à Conakry jusqu’au 12 juin, les responsables fiscaux de plusieurs pays membres échangent sur les stratégies permettant de renforcer la résilience budgétaire des États face à un environnement international de plus en plus incertain.
Organisée en partenariat avec la Direction générale des impôts (DGI) de Guinée, la conférence se déroule sous le thème : « La gestion des risques axée sur la mobilisation des recettes intérieures en contexte de crise ». La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence du Premier ministre Amadou Oury Bah, de membres du gouvernement ainsi que de représentants des partenaires techniques et financiers.
Pour la directrice générale des Impôts, Fatoumata Foula Diallo, les administrations fiscales des pays en développement sont confrontées à des défis sans précédent. Entre tensions géopolitiques, changement climatique, pressions croissantes sur les finances publiques et instabilité monétaire, les États doivent désormais compter davantage sur leurs propres ressources pour financer leur développement.
Elle a souligné que la sécurisation, la diversification et l’optimisation des recettes fiscales nationales constituent désormais des leviers essentiels pour préserver la stabilité économique. Selon elle, cette conférence doit permettre aux participants d’identifier les meilleures pratiques afin d’anticiper et de maîtriser les risques qui pèsent sur les administrations fiscales.
De son côté, le Premier ministre guinéen a insisté sur l’importance d’impliquer davantage les populations dans la stratégie de mobilisation fiscale. Amadou Oury Bah a estimé que le développement des États repose sur leur capacité à financer les services publics grâce à l’impôt, tout en appelant à une meilleure prise en compte des réalités sociales et culturelles dans les politiques fiscales.
« Notre défi est que l’État intègre les mentalités des populations afin que celles-ci se reconnaissent dans les actions de l’État moderne », a-t-il déclaré, plaidant pour un renforcement de la citoyenneté fiscale et une meilleure adhésion des citoyens aux mécanismes de financement public.
Les travaux de la conférence portent également sur les moyens d’élargir l’assiette fiscale, notamment à travers une meilleure intégration du secteur informel dans l’économie formelle. Plusieurs expériences internationales seront présentées aux participants, notamment celles de la France, du Canada, de l’Uruguay et de la Guinée.
Le président du CREDAF, Barnabé Muakadi Muamba, a rappelé que cette thématique s’inscrit dans la nouvelle stratégie de l’organisation adoptée lors de sa 49ᵉ Assemblée générale tenue à Kinshasa en juin 2025. Cette feuille de route prévoit plusieurs actions destinées à accompagner les administrations fiscales dans la modernisation de leurs pratiques et le renforcement de leurs capacités.
Pour la ministre guinéenne de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, cette rencontre intervient à un moment clé pour la Guinée, engagée dans une transformation profonde de sa gouvernance économique. Elle a réaffirmé que la mobilisation des recettes intérieures constitue aujourd’hui un enjeu central de souveraineté économique, dans un contexte mondial marqué par la multiplication des chocs et la réduction des marges budgétaires des pays en développement.
À travers cette conférence, les participants espèrent dégager des recommandations concrètes pour renforcer l’efficacité des administrations fiscales et accroître les ressources domestiques, considérées comme un levier indispensable au financement durable du développement en Afrique.
Félicienne HOUESSOU
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