Le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD) renforce son positionnement comme acteur majeur de la défense des droits des femmes et de l’espace civique numérique en Afrique. Réunie le 29 juin 2026 à Accra, au Ghana, pour sa session de planification du troisième trimestre, l’organisation panafricaine a également annoncé l’arrivée de deux nouveaux membres au sein de son équipe régionale : Xenia Kremer, chargée des programmes, et Faila Katoka, nouvelle responsable régionale des communications francophones.
Cette dynamique intervient dans un contexte où le RFLD intensifie son engagement sur plusieurs fronts, notamment la lutte contre les violences basées sur le genre, la promotion des droits des femmes et la protection des espaces numériques africains face aux menaces croissantes liées à la surveillance, à la désinformation et aux abus technologiques. Pour l’organisation, les défis auxquels sont confrontées les femmes africaines dépassent le simple cadre des inégalités sociales. Mariages précoces, violences sexistes, sous-financement des services de santé destinés aux femmes ou encore obstacles à l’éducation des filles demeurent des réalités persistantes dans plusieurs pays du continent.
Le RFLD affirme ainsi fonder son action sur les instruments juridiques africains relatifs aux droits humains et à l’égalité de genre, estimant que les solutions aux défis du continent doivent s’appuyer sur des cadres élaborés et adoptés par les États africains eux-mêmes.

Le numérique au cœur des nouveaux combats féministes
Cette vision s’est illustrée lors de la première réunion annuelle du consortium NAFASI, organisée du 23 au 26 juin à Harare, au Zimbabwe. Lancée en février 2026 avec le soutien de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), cette initiative continentale vise à protéger l’espace civique numérique africain contre les restrictions étatiques et les abus technologiques. Le RFLD y participait aux côtés de plusieurs organisations partenaires, dont Magamba Network et DefendDefenders. La délégation du réseau était conduite par Heuleche Tognonmegni, Abigael Olaleye et Ashifie Gogo.
Au cours des travaux, l’organisation a présenté sa stratégie en tant que chef de file du consortium sur les questions d’intégration du genre. Son approche repose sur un constat : les menaces numériques ne touchent pas toutes les catégories de population de la même manière. Les femmes engagées dans la vie publique sont particulièrement exposées à des formes spécifiques de violences en ligne, notamment la diffusion de contenus falsifiés à caractère sexuel, le harcèlement coordonné, le doxxing ou encore les abus liés à l’utilisation non consentie d’images. Selon le RFLD, ces phénomènes demeurent encore insuffisamment pris en compte dans les politiques de protection de l’espace numérique.
« La normalisation de genre n’est pas un simple principe transversal. Il s’agit d’une méthodologie, d’un cadre de mesure et d’un outil opérationnel appliqué à chaque activité du consortium », ont expliqué les responsables de l’organisation lors de leur présentation.

Une architecture de suivi inédite
Pour assurer l’intégration effective du genre dans l’ensemble des activités de NAFASI, le RFLD a dévoilé une série d’outils destinés à mesurer et à corriger les inégalités observées dans les programmes de protection numérique. Parmi ces dispositifs figure un outil de mainstreaming du genre permettant d’identifier systématiquement les risques spécifiques auxquels sont confrontées les femmes dans les activités du consortium. L’organisation a également développé des matrices d’évaluation des menaces intégrant une approche sensible au genre afin d’analyser l’impact différencié des risques numériques sur les femmes, les journalistes, les défenseurs de l’environnement ou encore les militants des droits humains.
Des mécanismes de collecte de données désagrégées par sexe seront aussi intégrés à toutes les formations, consultations et services d’assistance mis en œuvre dans le cadre du programme. À cela s’ajouteront des tableaux de bord trimestriels de redevabilité sur l’égalité, l’inclusion et la participation sociale, destinés à mesurer concrètement les progrès réalisés par le consortium.

Des objectifs chiffrés sur trois ans
Le plan de travail présenté par le RFLD fixe des engagements précis pour les 36 mois du programme NAFASI. L’organisation souhaite garantir que les femmes représentent plus de 50 % des participants à l’ensemble des formations, réunions et activités organisées par le consortium. Elle prévoit également la publication de douze rapports de redevabilité genre, à raison d’un document par trimestre, afin de suivre les progrès accomplis.
Enfin, au moins 40 % des ressources financières du programme devront bénéficier directement aux organisations dirigées par des femmes, aux défenseures des droits humains et aux initiatives intégrant une approche sensible au genre. Pour le réseau panafricain, ces indicateurs constituent des engagements contractuels qui feront l’objet d’un suivi rigoureux tout au long de la mise en œuvre du programme.
L’un des projets les plus innovants présentés à Harare concerne la mise en place d’un système continental de surveillance en temps réel des violences basées sur le genre facilitées par la technologie. Cette plateforme permettra de documenter différents types d’incidents, notamment les campagnes de harcèlement coordonnées, les attaques par diffusion de contenus truqués, le partage non autorisé d’images intimes ou encore les pratiques de divulgation malveillante de données personnelles.
Les informations collectées seront ventilées par pays, type de menace, profil des victimes et catégorie d’auteurs présumés. Selon le RFLD, ces données alimenteront les actions de plaidoyer menées auprès des institutions régionales et internationales, notamment la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que les Nations unies.
Un réseau continental en pleine expansion
Au-delà de son implication dans NAFASI, le RFLD poursuit son développement institutionnel à l’échelle du continent. L’organisation dispose aujourd’hui de bureaux enregistrés à Porto-Novo, Dakar, Accra et Banjul. Elle fédère plus de 670 organisations de la société civile réparties dans plus de 35 pays africains et conduit des programmes dans une quinzaine d’États. Son statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples lui permet également de porter les préoccupations des femmes africaines dans les espaces diplomatiques continentaux.
Le réseau s’appuie par ailleurs sur plusieurs plateformes spécialisées, dont le Centre de données DƆN ÙESÈ, le Hub du Protocole de Maputo et le Hub ACDEG, qui couvrent l’ensemble des États membres de l’Union africaine. À Harare, les échanges avec les autres membres du consortium ont confirmé une volonté commune de faire de l’égalité de genre un pilier central de la protection de l’espace civique numérique africain. Pour les responsables du RFLD, il ne s’agit pas d’ajouter une dimension supplémentaire aux projets existants, mais bien de concevoir l’ensemble des interventions à travers une perspective afroféministe assumée. Une approche qui pourrait désormais servir de référence à l’échelle continentale dans la lutte contre les nouvelles formes de violence et d’exclusion qui émergent dans l’environnement numérique africain.
Félicienne HOUESSOU
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