Le Centre africain des statistiques (ACS) de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (ECA) a ouvert cette semaine un atelier de cinq jours destiné aux délégués du Botswana, d’Éthiopie, de Sierra Leone et du Togo. L’objectif est de donner aux ministères de la Santé et aux bureaux statistiques les outils nécessaires pour démontrer, en termes économiques, que les dépenses de santé constituent un investissement et non un coût.
Cette rencontre est la première activité au niveau national de l’initiative plus large de la CEA, « Transformer le financement de la santé en Afrique », dont les cinq pays sont les premiers intervenants. La session de cette semaine porte notamment sur la création de matrices de comptabilité sociale (SAM) axées sur la santé, des comptes à l’échelle de l’économie reliant les services de santé, leur financement, les ménages, le gouvernement, les entreprises et le reste du monde.
Les décideurs politiques savent souvent combien est dépensé pour la santé, mais peinent à avoir une vision d’ensemble : d’où provient l’argent, qui en bénéficie, combien d’emplois il génère et quel est son impact sur les ménages. Le SAM doit permettre de relier des données déjà réparties entre les comptes nationaux, les comptes de santé, les enquêtes auprès des ménages et d’autres sources, afin de les réunir dans un tableau cohérent.
William Muhwava, représentant le directeur de l’ACS, a déclaré que l’un des objectifs centraux de la semaine était de « rassembler ces différentes sources dans un cadre statistique cohérent » en utilisant les données nationales de chaque pays. Il a ajouté : « Nous sommes particulièrement heureux que cet exercice soit basé sur des données nationales, et non internationales, et sur la propriété nationale. »
Des délégués des ministères de la Santé et des bureaux nationaux de statistique des quatre pays prennent part aux travaux, aux côtés de personnes ressources de l’ECA et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La santé face à la pression des finances publiques
À l’ouverture de l’atelier, Aboubakari Diaw, chef de cabinet de l’ECA, a rappelé que l’initiative répondait à un mandat fixé par les ministres africains des Finances à Tanger en avril dernier. Ceux-ci avaient convenu que la santé « ne peut pas être considérée, ni continuer d’être considérée, comme une dépense sociale, car il s’agit d’un investissement économique ».
L’enjeu est particulièrement financier dans un continent où l’espace budgétaire est soumis à une pression exceptionnelle. « Les ministres des Finances ne peuvent pas financer les ralentissements. Ils ont besoin de pipelines. Ils ont besoin de projets. Ils ont besoin de quelque chose de structuré. Et ils doivent voir, lorsque nous disons que la santé est un investissement, comment la santé est un investissement », a déclaré Aboubakari Diaw.
Il a également souligné que le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques, tandis qu’environ 150 millions de personnes sont poussées vers la pauvreté par les dépenses de santé.
Kinsley Addai Frimpong, de l’OMS en Éthiopie, s’est également adressé aux participants. Il a qualifié le financement de la santé de l’un des « piliers » fondamentaux du système de santé de l’OMS et souligné que l’intégration des comptes nationaux de santé dans le SAM constitue, selon ses propres termes, « une manière riche de rassembler les données de santé dans le système national de comptes ».
Des outils pour arbitrer les dépenses
D’ici vendredi, chaque équipe pays devrait disposer d’un SAM initial désagrégé en santé, assorti d’hypothèses documentées, de lacunes de données et de choix d’équilibre. Il s’agira d’un point de départ et non d’un produit fini, la validation devant se poursuivre dans le cadre du projet plus large jusqu’en 2028.
La disponibilité des données demeure le principal défi pratique auquel les équipes s’attendent. Les organisateurs ont également mis l’accent sur l’apprentissage entre pairs, avec l’ambition que les participants repartent avec un réseau capable de continuer à résoudre ensemble les problèmes communs.
Elom LOKONON
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